Le vote a été sans appel ce mercredi 10 mai. À 498 voix pour et 82 contre, les eurodéputés ont approuvé l'utilisation du budget de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) en 2021. Une validation du budget qui pourrait sembler anecdotique, mais qui rend compte de « l'utilisation de l’argent public européen », confie l’eurodéputée Saskia Bricmont (Les Verts, écologistes) pour qui « cela relève donc d’une importance politique majeure ». L’année dernière, l’agence avait essuyé de vives critiques suite aux révélations sur un fonctionnement et des pratiques présumées illégales, à tel point que les parlementaires avaient retoqué son budget. Car Frontex n’est pas une agence comme les autres. L’organe qui a pour mission de surveiller les frontières de l'Union européenne est aujourd’hui la plus dotée financièrement et a vu son budget exploser ces dernières années. En dix ans, son budget est passé de 118 millions d’euros en 2011 à 544 millions en 2021. À l’horizon 2027, le budget annuel sera de 900 millions d’euros, preuve de l’importance prise par Frontex, notamment depuis les crises migratoires.
Le Parlement européen a majoritairement approuvé les comptes de l’agence Frontex pour l’année 2021. Une manière pour les eurodéputés de tourner la page de la controverse et du scandale qui avaient éclaboussé l’agence l’année dernière.
Pour ce qui est du groupe Identité et Démocratie (ID), on fait la sourde oreille. En plus de Jean-Marie Le Pen, sa fille Marine touchera, grâce au FPV 1783 € (en plus de ses 4463 € de retraite d’eurodéputée). Un paradoxe quand on sait que ces eurodéputés n’hésitent pas à fustiger les éventuels gaspillages des ressources allouées par les États pour le budget européen. Interrogé sur ces questions, Jordan Bardella, eurodéputé ID, a botté en touche : «Nous n’en avons pas encore parlé au sein de notre groupe parlementaire, mais peut-être qu’on pourrait voter contre le renflouement de ce fonds.»
Le FPV, un boulet pour le Parlement
L’avenir de ce fonds de pension est incertain. «Le régime de pension complémentaire [...]est en voie de suppression», résume de façon très laconique le site du Parlement. Une autre manière de dire qu’il sera enterré le même jour que son dernier bénéficiaire. Mais cette position attentiste ne suffit plus, vu l’ampleur du déficit : il s’élèverait à 313 millions d’euros, menaçant de faire faillite d’ici fin 2024. Investigate Europe a révélé qu’en avril dernier, le secrétaire général du Parlement s’était saisi du problème, mettant sur la table plusieurs hypothèses afin de le renflouer. La première, c’est que le Parlement règle la totalité de l’addition, donc sur les deniers publics. La deuxième option consisterait à vendre tous les actifs du fonds pour effectuer un paiement unique aux bénéficiaires, afin d’en finir avec un problème gênant. Dernière option : diminuer le montant des retraites, pour éviter de trop piocher dans les caisses de l’hémicycle.
Jean Lebreton et France-Marie Nott-Mas
La situation économique en Europe continue toutefois à évoluer et est surveillée « de très près » par l’Autorité bancaire européenne. Le 15 mars, le Crédit Suisse, deuxième banque helvétique, perdait un quart de sa valeur boursière et empruntait 50 milliards de francs suisses à la banque centrale du pays dès le lendemain. Un symptôme inquiétant pour la stabilité économique européenne.
« C’est irresponsable de dire que c’est la panique », affirme la députée Aurore Lalucq (S&D, sociaux-démocrates) alors que la perspective d’une crise économique fait débat dans l’hémicycle. Le 10 mars, les autorités américaines ferment la Silicon Valley Bank (SVB) pour faillite. Seizième banque du pays, elle est spécialisée dans le financement des start-up. La Silvergate et la Signature Bank, deux banques proches des crypto-monnaies, ont également dû baisser le rideau. Cette liquidation est la conséquence d’un portefeuille peu diversifié, additionné à une forte hausse des taux d’intérêts de la Réserve Fédérale américaine. Mais existe-t-il un risque de contagion pour l’Europe ?
Pour Mairead McGuinness, commissaire européenne aux Services Financiers, il faut rester calme : « La SVB n’a qu’une empreinte limitée en Europe et les autorités de surveillance ont agi à temps ». Si la faillite de la SVB ravive les peurs liées à la crise financière de 2008, la situation est différente. D’un côté, les autorités américaines sont intervenues plus rapidement qu’après la faillite de Lehman Brothers. De l’autre, la SVB étant spécialisée dans la tech et peu implantée en Europe, la crise reste localisée et le risque de contagion est faible. La députée Stéphanie Yon-Courtin (Renew, libéraux), tire déjà des enseignements de cette déroute : « Les règles européennes mises en place après la crise de 2008 sont des digues solides pour assurer la résilience de nos banques ».