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Les femmes cantonnées à la pâtisserie ?
« La pâtisserie est souvent reliée à la séduction. Donner du sucre, c’est donner de l’amour : être gentil et doux. La cuisine est un acte beaucoup plus barbare. C’est un lieu où l’on donne la mort : vider des poissons, des poulets, les couper et avoir du sang sur les mains.
Il y a un côté « Eros Thanatos » (pulsion de vie/pulsion de mort, ndlr) que l’on oublie facilement avec la cuisine en pièces détachées, souvent pratiquée à la maison avec deux blancs de poulet. L’anthropologue Alain Testart parlait du tabou ancestral qui séparait les femmes de la chasse, du malaise de voir une femme avec un couteau. Il y a un interdit inconscient là dessus. Les femmes utilisent des aiguilles, des objets émoussés mais les choses tranchantes sont l’apanage du mâle. C’est en creux dans la civilisation occidentale : attention, il y a le sang qui va jaillir, de l’impureté. Il y a un interdit très sous-terrain. On ne met pas de grands couteaux dans les mains des filles pour qu’elles apprennent à les aiguiser. Elles sont infantilisées. »
Estérelle Payany