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Dans l’hémicycle de Strasbourg, le ton est donné dès les premiers votes. Sur la protection des agriculteurs dans l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, la majorité s’est dessinée autour du Parti populaire européen (PPE, droite).
Depuis sa victoire aux élections européennes de 2024, la droite impose son tempo en plénière, comme elle le fait déjà à la Commission et dans une grande partie des gouvernements nationaux.
Longtemps perçu comme une institution progressiste, le Parlement européen a vu son centre de gravité se déplacer. La gauche et les écologistes continuent d’y faire entendre leur voix, mais ils n’en fixent plus autant l’agenda en Conférence des Présidents, au profit du PPE parfois allié à l'extrême droite. Pour les observateurs français, cette évolution est d’autant plus frappante que la plus grande délégation de l'Hexagone au sein des groupes est celle de Patriots for Europe (PfE, extrême droite).
Sur l’urgence du renforcement de la défense européenne, relancée par l’instabilité géopolitique et le retour de Donald Trump, un consensus traverse l’hémicycle. Sur le fond, l’accord est quasi général ; sur les moyens, beaucoup reste à préciser. Là encore, le PPE avance en chef de file, porté par l’alignement des États membres.
La gauche n’est pas pour autant absente. Jeudi, lors du vote sur le rapport de lutte contre la pauvreté, le PPE s’est allié aux socialistes et aux Verts. Des alliances subsistent, notamment sur certains textes sociaux, mais elles deviennent de plus en plus rares.
C’est sur l’immigration que les fractures apparaissent le plus nettement. Les parlementaires européens ont durci les politiques migratoires de l'UE en adoptant deux législations qui externalisent le droit d'asile. Pour les adopter, le PPE a pu notamment compter sur le soutien du groupe Patriots for Europe (PfE, extrême droite). En avril 2025, son président Manfred Weber affirmait qu’aucune alliance ne serait possible avec lui. Ces votes sur la réforme du droit d’asile montrent pourtant l’inverse.
Sans être dominé par l’extrême droite, le Parlement voit ses thèmes et son agenda se droitiser. Plus qu’un basculement brutal, c’est un glissement progressif qui s’opère : celui d’un PPE qui, au nom de l’efficacité, accepte de plus en plus les rhétoriques à sa droite.
Marion Guédot
Des solutions pour une viticulture européenne en mauvaise posture
La législation pour soutenir les viticulteurs a été votée ce lundi au Parlement. La rapporteure membre du Parti populaire européen Esther Herranz García a salué une “convergence de vues” sur le sujet. Ce texte met en place des solutions pour un secteur mis à mal par une crise liée au dérèglement climatique, aux droits de douanes et à une chute de la consommation. Pour le socialiste Eric Sargiacomo, l’objectif est de permettre “d’entrevoir le bout du tunnel”. C’est chose faite avec un appui financier au tourisme viticole, une consolidation du marché avec les pays tiers et un étiquetage prenant en compte les tendances consommateurs tel que l'appellation “vin désalcoolisé”. Une satisfaction confirmée par Cristina Guarda, viticultrice et députée du groupe Les Verts (écologistes) : “Je suis fière de voter ce texte qui commence à répondre aux préoccupations que je vis”.
Colin Berson
La BCE face au défi de l’indépendance
Devant le Parlement européen, Christine Lagarde a ouvert le débat en plaçant “l'indépendance politique” de la Banque centrale européenne (BCE) comme impératif stratégique. Alors que la Réserve fédérale (Fed) subit aux États-Unis des pressions politiques sans précédent, la présidente de la BCE voit en son institution un “ancrage dans un monde d’incertitudes”. Pour l’eurodéputé Johan Van Overtveldt (ECR, droite souverainiste), l'interdiction de toute ingérence consacrée par le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, est le “préalable indispensable” pour protéger l’euro face à “l’instabilité mondiale”.
De la droite à la gauche de l’hémicycle, le besoin de “neutralité” et de “crédibilité” est réaffirmé comme un gage de survie. Jussi Saramo (The Left, extrême gauche) alerte d'ailleurs sur la “dangerosité d'un système de paiement lié à un pays qui s'éloigne de la démocratie”. Face à l'ingérence américaine, l'autonomie de la BCE devient selon lui le garant de “la sécurité et de l'avenir de l'Europe”.
Baptiste Demagny
Slovénie : une ingérence européenne dans les élections législatives ?
À moins de trois semaines des législatives slovènes, un meeting du SDS (Parti démocratique slovène) de Janez Janša à Ljubljana a secoué Bruxelles. Deux commissaires européens, l’Italien Raffaele Fitto et le Lituanien Andrius Kubilius, ont participé à réunion publique du candidat slovène. La présence de deux commissaires issus du SDS, parti rattaché au Parti Populaire européen (PPE, droite), a déclenché l’indignation de Renew Europe et des Socialistes & Démocrates. Ces derniers y voient une atteinte à la neutralité de la Commission. Ce lundi à Strasbourg, Manfred Weber, président du PPE, s’est défendu en se disant "convaincu" par l’absence de conflits d’intérêts et dénonce cette politique menée par les groupes de gauche.
“Le huis clos permet de négocier et de faire des compromis plus facilement”
Mais ce qui se passe en Conférence des présidents reste en Conférence des présidents. Ce processus éminemment politique, où l’on décide de l’importance d’un texte mais aussi de passer sous silence un débat, a lieu à huis clos. Et selon Manon Aubry, “l’arc commun entre la droite et l’extrême droite est encore plus visible en Conférence des présidents, car elle n’est pas publique”. Stéphanie Novak, professeure de science politique à l'université Ca'Foscari de Venise, explique que le huis clos pose surtout des questions démocratiques : “La transparence n’est pas une fin en soi, mais c’est un moyen de connaître les responsabilités de chacun dans un processus décisionnel. La responsabilité démocratique, c’est permettre aux citoyens de savoir qui vote quoi parmi leurs représentants”.
Même si Manon Aubry et des parlementaires d’autres groupes plaident pour rendre publique la Conférence des présidents, la confidentialité a aussi ses avantages. Selon Stéphanie Novak, “le huis clos permet de négocier et de faire des compromis plus facilement. C’est toujours compliqué pour un groupe de faire des concessions en public”. Les réunions loin des caméras permettent de changer plus facilement de position. Si les groupes tranchent en public, “les acteurs craignent d’être moins crédibles s’ils changent de position”.
Finalement, les sociaux-démocrates ont tout de même pu introduire ce débat sur l’ICE à l’ordre du jour grâce à leur topical debate – le droit pour un groupe, une fois par session plénière et à tour de rôle, à inscrire un débat à l’ordre du jour sur le sujet de leur choix, sans vote final.
Baptiste Domergue et Melvin Hermann