Vous êtes ici

Le module est validé, il peut être inséré dans un article pour être consulté par les internautes.

Le PPE balance entre sa gauche et sa droite

Les groupes de gauche accusent le PPE de balancer, selon les thèmes, tantôt du côté de l’extrême droite, tantôt du côté de Renew et des sociaux-démocrates. Et selon eux, l’ordre du jour de cette session plénière démontre que la tendance est de plus en plus à l’extrême droite. Pour Raphaël Glucksmann, “en refusant de débattre sur l’ICE, le PPE penche vers l’extrême droite alors même que la géopolitique est un sujet sur lequel la droite a souvent voté avec les pro-européens”.

Jordan Bardella, président du groupe d’extrême droite Patriots for Europe, considère que le débat “relève d’une affaire intérieure à la politique des États-Unis” et nie toute responsabilité : “Ce n’est pas moi qui fait l’ordre du jour des sessions du Parlement européen”, a-t-il répondu en conférence de presse. Difficile de dire si Jordan Bardella était présent pour voter car selon une source interne au Parlement, ce dernier se fait souvent représenter par un autre membre de son groupe.

Quelques jours avant la plénière, lors d’un briefing presse sur les priorités des différents groupes politiques, Pia Kohorst, conseillère presse des Verts, dénonçait “l’approche honteuse du Parlement en matière d’immigration”. Elle ciblait notamment les textes visant à établir une liste des pays sûrs mais aussi l’intitulé d’un débat nommé “La politique espagnole de régularisation à grande échelle et ses conséquences pour l'espace Schengen et la politique de l'UE en matière de migration”. David Cormand (Les Verts, écologistes) insiste : “la vraie coalition Von der Leyen n’est pas du côté des partis pro-européens mais du côté de l’extrême droite”.

La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde présente son rapport annuel 2025 au Parlement © European Union 2026 - Source : EP

Flavia Adamciuc et Juliette Subra de Bieusses

Dans l’hémicycle, l’ICE ravive les divisions
Le débat « Violence d’État à Minneapolis et état de droit aux États-Unis » s’est tenu mercredi après-midi dans l’hémicycle, dans un climat tendu. La députée Ana Catarina Mendes (S&D, gauche) a appelé à ne pas considérer la situation américaine comme un phénomène isolé, mais comme “s’inscrivant dans l’agenda d’une droite ultra-radicale qui s’immisce jusque dans les institutions européennes.” Du côté de l’extrême droite, les parlementaires se sont succédé pour exprimer leur incompréhension quant à la tenue d’un débat sur une politique interne à un État extérieur à l’UE. Le PPE, accusé de silence complice par la gauche, n’a fait intervenir que deux députés en une heure et demie. Quant au commissaire européen Costas Kadis, il a insisté sur l’importance stratégique, pour l’UE, de défendre des valeurs démocratiques et l’État de droit, et a affirmé poursuivre le dialogue avec Washington.

Rêve éveillé et grand sursaut

Mark Rutte, à la tête de l’OTAN, était venu rencontrer les députés européens le 26 janvier dernier. Il évoquait la défense européenne comme une illusion : “Keep on dreaming”, continuez de rêver a-t-il lancé. Beaucoup de députés ont souhaité répondre à Mark Rutte dans l’hémicycle, à l’image de Reinier Van Lanschot (Les Verts, écologistes) :  “Ce n'est pas un rêve, c'est un plan.” Mais à l'heure où les Etats-Unis menacent de s’emparer du Groenland, territoire du Danemark, membre de l’OTAN et l’UE, les Européens restent divisés.

Flavia Adamciuc et Juliette Subra de Bieusses

En tuant deux personnes à Minneapolis le mois dernier, l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) a suscité l’émoi et l’indignation dans le monde entier. Mais la Conférence des présidents, organe qui gère l’ordre du jour des plénières, s’est prononcée contre la tenue d’un débat à ce sujet au sein de l’hémicycle.

Mercredi dernier, comme avant chaque session plénière, les huit présidents de groupe politique se sont réunis avec la présidente du Parlement pour fixer l’ordre du jour. Manon Aubry, présidente du groupe d’extrême gauche The Left, propose alors d’introduire dans l’agenda un débat sur les actions de la police de l’immigration américaine. Un vote rapide a lieu dans lequel chaque voix est pondérée en fonction de l'effectif du groupe politique. Et selon plusieurs sources dont Raphaël Glucksmann (S&D, gauche): “Le PPE a voté contre avec les trois groupes d’extrême droite”. Pourtant, une source interne au PPE affirme qu’il n’existe “aucun rapprochement avec les groupes d'extrême droite”.

Une question a pourtant divisé l’hémicycle : avec ou sans l’OTAN ? “Nous devons moderniser notre défense mais en fin de compte, nous avons besoin du partenaire OTAN”, plaide Engin Eroglu (Renew, centre-droit). Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur à l’Institut Français de Géopolitique, partage ce constat : “Nous n’avons pas d’armée commune, presque pas d'entraînement communs comme l’OTAN, pas de plans, pas de leader comme les Etats-Unis à la tête de l’OTAN.” Selon lui, la défense européenne n’existe pas, seul se met en place un marché commun pour que les Etats puissent s’équiper en masse. “Arrêtons de voir l’OTAN et l’UE comme des acteurs, ce sont juste des cadres d’alliance d’Etats souverains et ils ne sont pas d’accord. C’est toute la difficulté car en face, la Russie est un État.” Selon lui, la seule option serait de renforcer le leadership de l’Europe, Royaume-Uni compris, au sein de  l’OTAN, selon le souhait des Etats-Unis. 

Entre "simplification" et "dérégulation", l'hémicycle ne tranche toujours pas. © Augustin Anuset 

La proposition d’un débat d’actualité sur la police de l’immigration américaine ICE a été refusée par la Conférence des présidents. Un organe central au sein duquel les groupes d’extrême droite semblent gagner de plus en plus d’influence.

Comment réveiller le géant ? 

La majorité des groupes politiques européens sont d’accord sur ce constat : il faut réveiller “le géant”, à savoir le complexe militaro-industriel de l’Europe assoupi depuis 1945 sous le parapluie américain de l’OTAN, l’Organisation du traité de l'Atlantique nord qui compte 32 membres. “Si demain nous avions une attaque directe contre un territoire d’un pays européen, comment répondrait-il ?, se demande José Cepeda du groupe S&D, gauche. C’est le rôle de la Commission et du Parlement d’essayer de réveiller le géant.”

Pages