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La principale crainte des habitants est de voir ce surcoût faire flamber leurs charges, alors que le chauffage est pour l'instant absent de nombreux logements. « Des gens disent que, pour la peine, ils ne paieront pas leur prochaine facture », rapporte Albert, un habitant qui, comme tous les autres, est relié à la chaudière fonctionnant jusqu'alors exclusivement au gaz. « L'objectif, c'est de diminuer de moitié la facture de chauffage des habitants, assure Jean-Bernard Dambier. Mais il y aura une contrepartie : sur l'économie effectuée, les locataires devront nous en reverser la moitié. »

 

Autrement dit, si un résident paie 40 euros de moins qu'avant, il devra payer 20 euros à Habitation moderne. Soit une économie effective de 20 euros pour son porte-monnaie. Ce système devrait durer 15 ans.

 

« Pour le moment, nous ne demanderons rien aux gens chez qui nous n'avons pas encore fait les travaux d'isolation », garantit Jean-Bernard Dambier. D'ici là, les chauffages d'appoint et absorbeurs d'humidité pourraient continuer à fonctionner dans le secteur de la rue de la Fecht.

 

Loïc Bécart

« Une première tranche de 600 logements a été isolée l'année dernière et une deuxième s'achève en ce moment, explique Jean-Bernard Dambier, le directeur général d'Habitation moderne, le bailleur social des 1735 logements du quartier. Pour la troisième et dernière, les travaux commenceront au printemps 2014 et se termineront à la fin de cette même année. » Coût de cette opération débutée en 2011 : 17,5 millions d'euros.

 

Quant au chauffage, une nouvelle chaufferie biomasse, fonctionnant au bois et au gaz et commandée par le bailleur, doit entrer en service le 23 octobre. Elle fournira du chauffage à l'ensemble du quartier, grâce à ses 13,6 MW. Elle aura coûté au total 7,5 millions d'euros, soit le double du prix initialement prévu il y a deux ans. « Il a fallu entre temps faire appel à des architectes, d'autres entreprises, etc. », justifie le directeur général du bailleur.

La situation actuelle est surtout liée à la remise en route des 57 sous-stations de chauffage du quartier. « Il y a des petits problèmes, des finitions, comme il y en a régulièrement tout l'hiver, reconnaît une assistante de secteur d'Idex, la société en charge du chauffage. Cela reste ponctuel et tous les soucis peuvent avoir une cause différente : régulation, purges ou encore une pièce défectueuse. »

 

« Pour la peine, des gens ne paieront pas leur prochaine facture »

 

« On nous parle de pollution et de gaspillage de chaleur, mais rien n'est isolé pour l'instant », oppose Giuseppina. L'isolation thermique fait actuellement l'objet de travaux dans le quartier, comme en attestent les nombreux échafaudages devant les façades d'immeubles. Mais tous ne seront pas prêts pour cet hiver.

Des habitants de la Cité de l'Ill se plaignent depuis le début du mois d'un manque de chauffage dans leurs appartements. La remise en service saisonnière connaît en effet quelques couacs. Dans le même temps, des travaux d'isolation sont en cours et une nouvelle chaufferie biomasse entre en service dans une semaine.

 

Les premières baisses de température se font ressentir mais le chauffage a du retard à l'allumage dans certains appartements de la Cité de l'Ill. Depuis deux à trois semaines, des habitants tâtent leur radiateur avec toujours le même constat : froid ou à peine tiède. « Ce matin, j'avais tout juste 19°C dans mes deux pièces, témoigne Jeannette, qui habite rue de la Fecht depuis 53 ans. La chaudière de l'immeuble fonctionne au ralenti. »

 

Dans l'immeuble voisin, Giuseppina n'en peut plus. « Un agent est passé vendredi dernier pour purger, raconte-t-elle. Ca a fonctionné, mais le temps du week-end, ça ne marchait déjà plus. » Ce mardi 15 octobre, le plus jeune de ses deux enfants, âgé de 20 mois, est fiévreux et dort mal. « C'est à cause du manque de chauffage, pointe-t-elle. Et l'humidité me donne des migraines. » Avec son mari, ils ont même dû acheter un absorbeur d'humidité. « J'installe aussi un radiateur électrique dans la chambre de mes enfants », ajoute celle qui a emménagé à la Cité de l'Ill en 2010.

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La nouvelle chaufferie biomasse entrera en fonction le mercredi 23 octobre. (Crédit : L.B. / CUEJ)

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Des travaux d'isolation thermique sont en cours dans 600 logements. (Crédit : L.B. / CUEJ)

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Dans la chambre de ses enfants, Giuseppina a installé un chauffage d'appoint électrique. Le radiateur sous la fenêtre, à peine tiède et dont la faible chaleur s'échappe surtout à l'extérieur, ne suffit pas à chauffer la pièce. (Crédit : L.B. / CUEJ)

Pas sûr que les champignons poussent plus vite que les bâtiments au Neuhof. Près de 190 logements sont sortis de terre en 2013. Deux projets sont encore à concrétiser: le prolongement de la Cité Jardin à la rue de la Redoute et la création de 36 logements sociaux au Ballersdorf. Les deux seront livrés à partir de janvier 2014.

Le but de toutes ces constructions est simple, il s'agit de réhabiliter le quartier et de favoriser la mixité sociale. « D'ici 2015 nous passerons d'un taux de 62% de logements sociaux à 50%, précise Julien Mattei, directeur du PRU du Neuhof. L'autre versant du projet est la réhabilitation des logements sociaux de la Zone urbaine sensible (ZUS). Nous n'avons pu travailler que sur un peu plus de la moitié. Mais il reste des efforts à faire. J'espère que sera mis en place un deuxième plan national de rénovation urbaine (PNRU) car l'actuel, dit ANRU, prend fin en 2015.»

Un second plan d'aide pour la rénovation du quartier serait essentiel pour les immeubles les plus vétustes. Et Julien Mattei de mettre en garde: « Si le plan ANRU 2 ne se concrétise pas, ce sera aux pouvoirs locaux de payer la note. La réhabilitation prendrait alors plus de temps.»

Patxi Berhouet

Trente-huit enfants de plus de trois ans vivent à l'Espace 16. Onze sont inscrits en maternelle, seize à l'école élémentaire et sept au collège. Seuls quatre jeunes n'ont pas encore de place mais les demandes d'inscriptions sont en cours. Tous sont dans des établissements alentours, la majorité est à Koenigshoffen.

« Pour la première fois cette année, les enfants ont tous une assurance scolaire et les manuels qu'on utilise pour travailler », salue Julie Motte, enseignante en CP à l'école des Romains. Comme la majorité de ses collègues, la jeune femme accueille des enfants roms dans sa classe. « Depuis qu'il y a l'Espace 16, ça a clairement changé pour nous, explique-t-elle. La petite que j'ai n'a manqué qu'un seul jour de classe depuis la rentrée alors qu'avant, l'assiduité était l'un des principaux problèmes. » Pour pallier ses difficultés en français, l'enseignante a mis en place un système codé avec des pictogrammes. « Quand je donne comme consigne de coller une feuille dans le cahier, je lui montre le dessin avec la colle qui est affiché sur la porte et elle comprend. » Loin d'être stigmatisant, le système sert aussi à d'autres élèves : dans la classe de Mme Motte, 18 élèves sur 23 ne parlent pas français à la maison.

La création de l'Espace 16 facilite aussi la communication avec les parents. « Avant ils avaient peur de l'école, ils n'osaient pas venir. Cette année, à la rentrée, la maman de la petite que j'ai en classe est venue me rencontrer accompagnée d'un éducateur spécialisé. Quand j'ai un mot à lui faire passer, je sais que grâce aux travailleurs sociaux, elle pourra le faire lire et être informée, ça change beaucoup de choses », raconte l'institutrice, qui n'échangeait jusqu'à alors que par le geste avec les parents.

Des actions circonscrites au camp légal

D'autres acteurs interviennent en marge du travail fait par les enseignants. Deux institutrices à la retraite de l'association Agir ABCD donnent chaque mercredi des cours de soutien à sept élèves. « Pour la première fois cette année, des enfants sont entrés en petite section de maternelle. Si ça continue comme ça, ils seront les premiers de l'Espace 16 à avoir une scolarité complète », espère Françoise Rollin, une des intervenantes. Ni éducatrices, ni parents, les deux bénévoles se considèrent comme des « béquilles ». « On leur apporte surtout du vocabulaire. Comment peut-on apprendre une poésie quand on ne comprend pas la moitié des mots ? » La retraitée, habituée aux classes difficiles, ne s'alarme pas. « Les enfants apprennent très vite. Ils ont une très bonne logique, parlent tous plusieurs langues, romani, roumain, français au minimum. De toute façon, quand les parents veulent, les enfants suivent. Et ici, on sent que les parents nous font confiance.»

Seul bémol, ces actions pour favoriser l'intégration des enfants ne sont menées qu'à l'Espace 16. A Saint-Gall par exemple, Médecins du monde estime à une vingtaine le nombre d'enfants scolarisables. Tous officiellement inscrits, leur présence effective à l'école serait beaucoup plus limitée.

Margaux Velikonia

Au moment où des hommes politiques s'interrogent sur la possible intégration des Roms en France, l'Espace 16 mise sur l'intégration des enfants par leur scolarisation. Après deux ans de travail avec les associations et les établissements scolaires de Koenigshoffen, aller à l'école est devenu presque banal pour les 38 enfants du seul camp rom légal de Strasbourg.

 

Il est 17h30 à l'Espace 16, la nuit tombe. Les côtelettes cuisent déjà sur les barbecues de fortune. Dimitri discute devant chez lui avec ses amis. Ses trois enfants sont dans la caravane. Ils rentrent tout juste de l'école.

Comme partout ailleurs en France, dans le seul camp rom légal de Strasbourg, la scolarisation est obligatoire. C'est même la condition essentielle pour pouvoir y habiter. Pour Dimitri, qui parle et comprend le français, cela ne pose aucun problème. « J'ai été six ans à l'école en Roumanie. Je sais que c'est important », raconte-t-il. Son ainé, 7 ans, est entré au CP en septembre. Les deux autres, âgés de 6 et 5 ans, sont encore en maternelle. Vivre à l'Espace 16 facilite la situation. Avant, la famille habitait dans un camp derrière le terrain de foot de Koenigshoffen et gérait seule la scolarisation des enfants. Aujourd'hui, l'association Horizon amitié, chargée par la mairie de tenir une permanence sur place, les aide. Contrairement à Dimitri, pour d'autres parents, envoyer leurs enfants à l'école est loin d'être une évidence.

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