Le sujet est sensible. Les Britanniques vendent 80 % de leurs prises vers l’UE. Les stocks européens proviennent pour leur part à 40 % des eaux territoriales britanniques. Mais pour l’instant, "personne ne sait quelle sera la position du côté britannique", note Izaskun Bilbao Barandica, eurodéputée espagnole (Renew Europe, centre libéral). "Les effets de cette incertitude sont pires pour le Royaume-Uni que pour l'Union européenne qui reste le meilleur partenaire des Britanniques”, poursuit-elle.
Tout comme les députés, les syndicats européens se montrent intransigeants sur la préservation des principes de la Politique commune de la pêche (PCP). "Aujourd’hui, les stocks maritimes communs se portent bien et leur gestion est impeccable. Ça nous a pris du temps pour les organiser. Le système ne doit pas changer, réclame Gerard van Balsfoort, président de l'Alliance européenne de la pêche (Eufa). Si l'on continue à se battre sur des questions de quotas, on ne pourra pas avoir de réel accord." Les quantités de poissons dans les stocks communs, jusque-là réparties équitablement entre les États membres se verront renégociées par le Royaume-Uni.
Un point de vue partagé par son collègue Yannick Jadot (Les Verts): "Vous allez tous voter un accord contraire aux valeurs de l’Europe et aux engagements de la Commission", a-t-il lancé à ses collègues, au cours du débat qui a précédé le vote.
Autre point noir soulevé par de nombreux eurodéputés, les violations des droits de l’homme au Vietnam. Le pays est 176e dans le classement Reporters sans frontières de la liberté de la presse. Selon Amnesty International, le gouvernement retient en prison près de 200 opposants et journalistes. Et à la veille du vote, 70 ONG, dont Emmaüs International et Les amis de la Terre, ont signé une pétition pour appeler le Parlement à rejeter l'accord. "C’est un problème de fond, on signe avec une dictature qui ne respecte pas les droits de l’homme", considère l’eurodéputé socialiste français Raphaël Glucksmann (S&D, sociaux-démocrates). Il n’a pas manqué de rappeler que le journaliste vietnamien Pham Chi Dung est en détention arbitraire depuis novembre 2019 pour avoir notamment signé une pétition en ligne demandant le report du vote de l’accord à Strasbourg. Le Vietnam, surtout, n’a toujours pas ratifié deux points majeurs de la Convention internationale du travail : l’abolition du travail forcé et la liberté syndicale dans ses entreprises.
La question de l’égalité des genres s’invite au Parlement européen. Ce mercredi 12 février, les eurodéputés ont débattu d’une nouvelle stratégie avec la commissaire à l’égalité Helena Dalli. Au programme : inégalité salariale, quotas et accès à l’emploi.
Avec ses 95 millions d’habitants et sa position stratégique en Asie du sud-est, le pays est un partenaire de choix pour l’Union européenne (UE). Le Parlement européen réuni en session plénière à Strasbourg a largement approuvé mercredi 12 février l’accord de libre-échange entre l’UE et le Vietnam (401 voix pour, 192 contre et 40 abstentions) qui prévoit la suppression des barrières douanières entre les deux partenaires pour 2030. Près de huit ans de négociations ont été nécessaires aux deux parties pour finaliser ce premier accord avec un pays d’Asie du sud-est. "Cet accord est le plus complet et le plus ambitieux de ce type jamais conclu entre l’Union européenne et un pays en développement", s'est félicité Phil Hogan, le commissaire en charge du commerce. Il a expliqué que la suppression des taxes favoriserait les échanges entre les deux parties. Les exportations de l’UE vers le Vietnam augmentent déjà de 5 à 7 % chaque année. Le Vietnam pourra exporter plus facilement ses produits textiles et alimentaires, l’Union européenne ses voitures, produits chimiques et agricoles.
Les incohérences de la Commission
Mais pour certains cet accord de libre-échange entre frontalement en contradiction avec les ambitions environnementales de la nouvelle présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. "Ursula von der Leyen a insisté sur la prise de conscience écologique dans son discours d’investiture. Mais quand il s’agit de polluer à l’étranger, là ça ne pose pas de problème", estime ainsi l'eurodéputé français Emmanuel Maurel (GUE/NGL, extrême-gauche).
Sans grande surprise, le Parlement européen a approuvé, mercredi 12 février, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Vietnam. Si les perspectives économiques d'une telle coopération n'ont pas été remises en cause, beaucoup d'élus se sont alarmés du respect des droits de l’homme et de l’écologie par ce pays d'Asie du sud-est.
Certains eurodéputés, à l’instar de ceux du groupe Identité et démocratie (Extrême-droite), considèrent que les capacités d’accueil en Europe sont dépassées. Pensez-vous qu’il faille modifier les procédures d'asile ?
Nous ne disons pas qu’il faut accueillir tout le monde mais les Etats membres doivent pouvoir déterminer rapidement qui a le droit à la protection, ou non. Or, plusieurs organisations croates nous ont dit qu’il était très difficile pour les migrants d’accéder aux procédures de demande d’asile. En théorie, selon la Convention de Genève, les demandeurs reçoivent une décision motivée et le droit de faire appel. Dans la pratique, les forces de l’ordre se contentent de refouler ces personnes.
La Croatie, dernier pays devenu membre de l’Union européenne en 2013, veut rejoindre l’espace Schengen. Pensez-vous qu’il y ait un lien entre cette candidature et la politique de fermeté ?
Durant ce déplacement, j’ai pu échanger avec Davor Bozinovic, le ministre de l’Intérieur croate. Il avait une défense plutôt agressive, en disant qu’il n’avait pas d’autres possibilités pour maintenir ces personnes en dehors du territoire européen. Les Etats membres exercent une énorme pression sur la Croatie puisqu’aujourd’hui, la responsabilité revient au premier pays d’entrée. Il est important que l’UE change sa politique et crée davantage de solidarité.
Propos recueillis par Lucie Caillieret