Rien ne va plus au sein de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU). Le parti constitue la plus importante délégation nationale au sein du PPE, le premier groupe politique au Parlement européen.
Le 7 février dernier, un tremblement de terre a secoué le Land de Thuringe, dans l’Est de l’Allemagne. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, un président de région a été élu grâce aux votes conjoints de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU), le parti de la chancelière Angela Merkel, et du parti d’extrême-droite (AfD). Les ondes de choc de ce séisme politique se sont fait ressentir jusqu’à Strasbourg, où le Parlement européen siège en session plénière du 10 au 13 février.
La crise de la CDU a suscité un vif malaise au sein du Parti populaire européen (PPE, droite). Avec 23 eurodéputés, la CDU constitue la plus importante délégation nationale du plus grand groupe politiques du Parlement. La décision d’Annegret Kramp-Karrenbauer, la présidente de la CDU, de renoncer à son poste dans les prochains mois, a confirmé le sentiment d’incertitude quant à l’avenir du parti. Si au sein du PPE, la délégation allemande ne s’est pas officiellement prononcée sur la question, la tension est palpable, comme l’indique l’entourage d’une eurodéputée CDU : "Ce n’est pas évident de parler de la CDU au vu de la situation politique interne en Allemagne. L’ambiance n’est pas bonne à Berlin."
L’élection de Thuringe a eu pour conséquence de rompre le tabou d’une alliance entre la CDU et l’extrême-droite. "Il y a un consensus selon lequel nous refusons de coopérer avec l’extrême-droite. On peut presque parler d’un crime", dénonce Jens Geier, chef de la délégation allemande S&D et membre du SPD, le parti social-démocrate allemand. "Annegret Kramp-Karrenbauer a posé des limites qui ont été franchies", poursuit-il.
Mais même pour ses opposants, la crise de la CDU ne semble pas avoir eu d’influence au sein du PPE. "Je ne pense pas qu’il faille s’inquiéter, un parti a le droit de se poser des questions", estime Anna Deparnay-Grunenberg, membre du groupe les Verts au Parlement et du parti Grünen en Allemagne. "Il n’y a pas eu de scission ni d’erreur impardonnable. La CDU est dans un moment de recherche personnelle avec des forces à la fois centristes et conservatrices."
Léna Romanowicz
Avec 24,5 % des voix, le Sinn Féin est arrivé en tête des élections générales irlandaises du 8 février. Le parti de gauche a créé la surprise jusqu’au Parlement européen de Strasbourg.
"La victoire de Sinn Féin était une surprise pour tout le monde : pour les partis, pour les médias… et pour Sinn Féin." Trois jours après les élections législatives du 8 février, l’eurodéputé irlandais Seán Kelly (PPE, droite), à Strasbourg pour suivre la plénière du Parlement européen, n’en revient toujours pas. Il n’imaginait pas que la droite irlandaise, composée des partis Fianna Fáil et Fine Gael et invaincue depuis 1922, faiblirait. Pourtant, la percée du parti de gauche favorable à la réunification de l'île, qui a remporté 24,5 % des voix, a remis en question son hégémonie ainsi que la place du Premier ministre, Leo Varadkar.
Depuis, le Sinn Féin cherche à former une coalition gouvernementale. Un processus suivi de près, depuis Strasbourg, par les eurodéputés irlandais : "Nous espérons que le Sinn Féin réussira et nous les soutiendrons pour les tirer vers la gauche", assure Mick Wallace, affilié au parti Independents4Change. Une alliance inenvisageable aux yeux de Seán Kelly : "Par principe, Fine Gael, dont je fais partie ne s’alliera jamais à Sinn Féin." En revanche, selon l’eurodéputé de droite, les dynamiques au niveau européen changeront peu : "Ici, nous, eurodéputés irlandais, avons les mêmes buts, notamment concernant les négociations sur le Brexit." Pour tous, il s’agit d’éviter le rétablissement d’une "frontière dure" entre Irlande du Nord et République d’Irlande, qui briserait l’entente cordiale durement acquise en 1998.
Clare Daly, affiliée aux Indépendants en Irlande, côtoie habituellement le Sinn Féin sur les bancs de la GUE/NGL (extrême-gauche) au Parlement européen. Mais, ces jours-ci, les sièges sont vides. "Matt Carthy [seul eurodéputé irlandais membre du Sinn Féin, NDLR] a été élu ce weekend, sans surprise. Mais, tous ses successeurs potentiels ont aussi remporté un siège en Irlande !"
Lola Breton
Jeudi 12 février, le Parlement européen a adopté une résolution pour lutter contre le trafic des animaux de compagnie en Europe. Le texte prévoit un contrôle plus strict des établissements d’élevage et un registre européen pour les chiens et les chats.
C’est, après les armes et la drogue, le troisième type de commerce illégal le plus rentable en Europe. Chaque mois, 46 000 chiens sont vendus frauduleusement sur le Vieux continent. C’est pour cela que les députés ont adopté, mercredi 12 février - par 607 voix pour, 3 voix contre et 13 abstentions - une résolution pour contrer le commerce illicite des chiens et des chats dans l’Union européenne.
Ces animaux sont maltraités : "Ils sont malades, non sevrés, non vaccinés, traumatisés physiquement et psychologiquement", s’indigne Tilly Metz, eurodéputée luxembourgeoise (Les Verts). Au-delà du bien-être animal, il existe un enjeu de santé publique "avec la protection du consommateur face aux maladies contagieuses", ajoute-t-elle. Si les eurodéputés ont pris l’initiative de cette résolution, c’est qu’ils considèrent que la Commission européenne n’agit pas assez pour sanctionner ceux qui contournent la législation : "Nous voulons que la Commission force les Etats membres à respecter les règles européennes existantes sur le commerce des animaux de compagnie", explique Pascal Durand, eurodéputé français (Renew, centre-libéral).
Les eurodéputés demandent, par exemple, l’identification et l’enregistrement sur un fichier européen des chiens et chats, la création de registres nationaux de vendeurs d’animaux et des sanctions plus sévères contre les vétérinaires qui contrefont des passeports pour animaux. 74% des Européens jugent que les animaux doivent être mieux protégés selon une étude de TNS Opinion commandée par la Commission européenne en 2016 : "Pourtant, les commissaires européens estiment que ce n’est pas un sujet majeur !", déplore Pascal Durand. "Le Parlement n’a pas un pouvoir d’initiative, le texte législatif dépend de la volonté de la Commission."
Laura Poli
Quand faut y aller, faut y aller. Les élections européennes arrivent, plus le temps de tergiverser, l’heure est aux votes. Des piles de rapports atterrissent sur le bureau des députés, ils ont quatre jours de plénière à Strasbourg devant eux. Il faut évacuer les gros dossiers, quitte à faire du forcing. La très polémique réforme du droit d’auteur numérique est passée : 1-0 pour le Parlement face aux GAFA et leurs armées de lobbyistes.
Interdiction du plastique à usage unique, réduction des émissions automobiles, fin des subventions pour les centrales à charbon, les députés sont bien verts tout à coup... feraient-ils de l’oeil à leurs électeurs ?
Le Parlement clôturera cette plénière avec une épine dans le pied. L'harmonisation des normes sociales dans le transport routier attendra, les députés de l’Est ont torpillé la procédure… et réussi à repousser le vote.
Manifestations à l’entrée du bâtiment, journalistes qui se bousculent à la sortie de l'hémicycle, on aura rarement vu tant de regards tournés vers les eurodéputés. Ultime occasion pour eux de briller, avant d’être soumis à l’épreuve des urnes.
Julia Toussaint
Une résolution dénonçant avec virulence l’immobilisme de la Commission européenne dans le dossier du Dieselgate a été adoptée jeudi 28 mars par les eurodéputés.
En 2015, le constructeur automobile allemand Volkswagen est épinglé pour avoir falsifié les taux d’émissions polluantes de certains de ses moteurs diesel. 8,5 millions de véhicules sont concernés en Europe. Dans la foulée, le Parlement européen lance une commission d’enquête pour identifier les failles des systèmes de contrôle et établir la responsabilité des institutions européennes et des Etats membres dans le scandale. Quatre ans plus tard, des milliers de véhicules circulent encore. Une situation dénoncée le 28 mars par les eurodéputés réunis en plénière à Strasbourg.
Les cinq groupes parlementaires (ALDE, EFDD, S&D, GUE, Verts) à l'origine de la résolution exhortent la Commission à être plus ferme sur les rappels de véhicules. « Qu’attend la Commission européenne ? Il s’agit de la santé de nos citoyens ! » s’emporte l’eurodéputée danoise Christel Schaldemose (S&D, sociaux démocrates). Face à la véhémence des eurodéputés, le commissaire européen à l’énergie et au climat, Miguel Arias Cañete, s’efforce de défendre les mesures mises en place par la Commission depuis le Dieselgate.
Florent Grelier, ingénieur véhicules propres pour l’ONG Transports et Environnement, reconnaît qu’il « n’est pas simple pour la Commission d’intervenir ». Il pointe surtout la responsabilité des Etats membres dans la défaillance des contrôles d’émissions. Une situation qui devrait néanmoins selon lui s’améliorer après 2020, date à laquelle les pouvoirs de la Commission européenne seront renforcés en la matière.
Pauline Dumortier