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je n’avais jamais fait de bénévolat auparavant", témoigne Armelle Amouroux, 79 ans, couturière de métier. La retraitée s’est promis de ne pas perdre le fil. Cet été, elle participera au grand barbecue qui se prépare déjà. 

Lucie Caillieret

Achraf El Barhrassi

Jusqu’à l’âge de 3 ans, l’artiste n’a parlé que l’alsacien. "J’ai appris le français par immersion à l’école. À la maison je n’ai jamais arrêté de parler le dialecte, c’est comme ça dans la famille." Une habitude qu’elle a transmise à ses enfants. Ce sont d’ailleurs les comptines que lui chantait son arrière-grand-mère que l’on retrouve dans ses vidéos. Elle écrit aussi ses propres chansons depuis l’âge de 17 ans, qu’elle a l’habitude d’interpréter partout en Alsace. Plutôt habituée de la scène, cette quadragénaire originaire de Haguenau a décidé de créer sa chaîne Youtube quand elle a su que les établissements scolaires où elle intervient régulièrement resteraient fermés : ”Comme j’avais des projets en cours dans les écoles, les crèches, des spectacles, c’était histoire de pas perdre le contact."

Avoir confiance avant de se voir

Pour d’autres, comme Valentin*, la peur de contaminer des personnes fragiles a pris le pas sur le contact physique. “À 39 ans, je rencontre principalement des femmes qui ont des enfants. Avoir des contacts, c'est mettre en danger toute une famille”, explique-t-il. L’unique rendez-vous qu'il a eu post-confinement s'est déroulé sans masque, mais avec un mètre de distance. “On s'est fait la bise, naturellement, puis on s'est dit ‘merde, on a oublié il fallait pas !’”, avoue le Strasbourgeois.

En quelques jours, 250 bénévoles se présentent, des appels aux dons de tissus sont lancés, la chaîne de production est organisée : couture, découpe et repassage. Des kits sont aussi disponibles pour ceux mobilisés à domicile. Les masques pour enfants et adultes sont ensuite distribués par des bénévoles, dans les boîtes aux lettres, aux Haguenoviens qui les ont commandés.

"Une grande fierté"

Cet atelier incarne avant tout une aventure collective, un condensé d’humanité et de solidarité. "Certains me disaient n’avoir jamais vécu quelque chose de pareil", s’enorgueillit Marie-Christine Staedel. Face à un confinement inédit, se retrouver pour aider les autres a rendu les choses plus faciles à vivre. "Tous les jours j’ai été dans cette salle, je voyais du monde, on s’est même fait des amis. C’était une grande fierté, je n’avais jamais fait de bénévolat auparavant", témoigne Armelle Amouroux, 79 ans, couturière de métier. La retraitée s’est promis de ne pas perdre le fil. Cet été, elle participera au grand barbecue qui se prépare déjà. 

Lucie Caillieret
Achraf El Barhrassi

Pour pallier la fermeture des écoles où elle délivre des cours d'alsacien, Isabelle Grussenmeyer a lancé, dès le 15 mars, sa chaîne Youtube. Elle va continuer cette expérience numérique qui a trouvé son public.

Avec ses doigts, Isabelle Grussenmeyer mime la pluie qui tombe, l’arc-en-ciel qui se dessine dans le ciel. Des illustrations colorées et enfantines s’affichent en haut à droite. Doucement et distinctement, elle énonce le soleil (Sùnne), la pluie (Raje) ou la neige (Schnee). Elle imite le bruit de la grêle et du vent. Face à sa caméra, l’apprentie youtubeuse passe allègrement du français à l’alsacien. Elle propose ensuite de répéter ces sonorités au parfum germanique en marquant des temps de pause. Dès la seconde vidéo, elle remplace des mots de son introduction par leur équivalent en langue régionale : "Guede Morje Kìnder, guede Morje Groossi, guede Morje Kleini" (Bonjour les enfants, bonjour les grands, bonjour les petits). Chaque vidéo est l’occasion d’apprendre une comptine ou du vocabulaire autour de la nourriture ou encore des couleurs. Au 27 mai, la chaîne Youtube de l’autrice-compositrice-interprète de chansons en dialecte comptait 24 vidéos et 125 abonnés.

La première vidéo d’Isabelle Grussenmeyer comptabilise 1 281 vues. © Isabelle Grussenmeyer

Ensemble pour protéger les autres

L'idée a germé dans la tête de Marie-Christine Staedel, fille de commerçants, qui a elle-même tenu pendant seize ans une boutique de nutrition et bien-être. L’attention à l’autre, c’est ce qui a poussé cette native d’Alsace du Nord à s’essayer à la fabrication de masques en tissu lorsqu’une cliente lui a demandé où s’en procurer. Marie-Christine Staedel contacte la mairie qui lui met à disposition la Salle des corporations, où elle va monter cet atelier. 

Donner du sens à cette période

Un engagement "évident" pour Stéphanie Ledoux, professeure d’anglais de 53 ans : "Je me suis dit que si tout le monde agissait, ça donnait du sens à cette période hors-norme." Fin mars, le CCAS la contacte pour aider une dame d’origine malgache, de plus de 80 ans. "Ça ne s’arrête pas uniquement à 'je fais vos courses, je vous les dépose et au revoir'", explique la Haguenovienne. Même si elle passera prochainement la main à une autre bénévole, par manque de disponibilité, elle en tire une leçon : "Ça m’a confirmé que c’est le genre de démarche qui m’interpelle et m’intéresse."

© Juliette Mylle

"On ressort grandie et humble", confie de son côté Isabelle Gaulmin, parce qu’au fil des jours, une relation de confiance et une complicité se créent. Elle qui restait au départ devant la porte d’Angèle, a fini par "déballer les courses ou réparer sa table basse". 

Face à tant de bonnes volontés, l’adjointe Mireille Illat souhaite que soit mise en place, durant ce nouveau mandat, une "bourse du bénévolat" sous la forme d’un site internet. Avec cette plateforme, l’élue espère "permettre aux associations de signifier leurs besoins et aux personnes qui ont envie d’agir, de s’engager, de manière pérenne ou plus ponctuelle". En attendant, des trésors d’entraide ont émergé à Haguenau : paniers de fruits et légumes offerts aux auxiliaires de vie, dons des entreprises locales au personnel soignant, atelier des couturiers.

Ce dernier projet a permis la confection bénévole de 30 000 masques, en un peu plus de six semaines.

Comment se déroule un rencard post-confinement ? Pour Alice*, 34 ans, le premier rendez-vous avec un homme rencontré via l’application Fruitz était masqué : “C'était étrange, mais je me suis sentie à l'aise. Le masque agissait comme un filtre : on était encore un peu planqué.” Porter un masque, des gants, respecter un mètre de distance… Des mesures qui ne sont naturelles pour personne. Théo*, qui a rencontré des femmes pendant et après le confinement, ressent lui de la frustration. “La situation sanitaire modifie les rapports de séduction. Avec un masque, on ne peut pas voir le sourire de la personne”, détaille le jeune homme de 26 ans.

La principale difficulté réside peut-être dans l'opposition entre envie de contact physique et distanciation sociale. “Une relation sans se tenir, sans se rouler des pelles, ce n’est pas une relation”, affirme Sylvain*, 41 ans. Arthur, 33 ans, qui était dans un couple ouvert au début du confinement, a dû trancher le dilemme : “On était tous les deux assez flippés par le Covid, mais c'était un risque à prendre. À un moment, lui faire un câlin était plus important que la peur du virus.”

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