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Un jour sur le bateau, quatre autres à l’école : c’est le quotidien des élèves du bac pro transport fluvial du lycée Émile-Mathis (Schiltigheim). Une formation méconnue et quasi unique en France, qui prépare les élèves à travailler notamment sur le Rhin.
Vendredi matin, 8h30, sur l’embarcadère de CroisiEurope. Un petit groupe s’affaire sur le pont du Prinses Iren, dans un vrai décor de croisière. Et pourtant, les 23 élèves de première en bac professionnel transport fluvial au lycée Émile-Mathis de Schiltigheim sont bel et bien en cours. Leur formation leur permet de passer un jour par semaine à bord d’un bateau en parallèle de leurs cours classiques, pour apprendre les métiers de la navigation.
La filière est attractive, au vu de l’importante demande de main d’œuvre dans le secteur, mais reste méconnue. L'établissement est obligé chaque année de compléter l’effectif d’une vingtaine d’élèves avec des lycéens ayant mis la navigation fluviale en second vœu, comme Geoffrey : « C’était la première fois que je montais sur un bateau l’année dernière. Au final, on suit les indications et ça se fait tout seul ! » Une réorientation qui n’entraîne pas nécessairement de décrochage, selon Didier Lutz, professeur à bord : il estime retrouver « environ 70% de [ses] diplômés dans la profession par la suite ».
Le côté manuel du bac pro offre aussi aux jeunes un échappatoire à la traditionnelle salle de cours. C’est le cas pour Kevin, 15 ans, qui a découvert Émile-Mathis grâce « au JT de Jean-Pierre Pernaut sur TF1 ». Didier Lutz le confirme : « il n’est pas fait pour aller derrière une table d’école et pour faire quelque chose de purement scolaire, mais il est très bon en pratique. » Les professeurs n’hésitent d’ailleurs pas à mettre très tôt les adolescents aux commandes du bateau pour les responsabiliser.
Le lycée permet également à des adultes de suivre les mêmes cours que les jeunes, pour compléter leur formation ou changer complètement de corps de métier. Travailler sur l’eau, c’est une idée qui trottait depuis longtemps dans la tête Gilles Weber, 32 ans. Après un parcours éclectique, un bac L, puis un travail dans les ressources humains, il a enfin décidé de franchir le pas. « J’avais envie de le faire avant, mais je n’en ai pas eu l’opportunité, parce que c’est toujours compliqué de se réorienter en France ». Il côtoie donc au quotidien des élèves de 15 et 16 ans, comme Shérazade, avec qui il partage une passion : l’eau et tout ce qui gravite autour.
Comme tous leurs camarades, Gilles et Shérazade attendent le grand temps fort de l’année : le voyage de classe de fin d’année. Sept jours à naviguer non-stop sur le Rhin, direction la Moselle, avant de mettre le cap sur la terminale, puis le marché du travail.
Pierre Griner et Corentin Parbaud
Thibaut Chéreau
Je n’ai jamais marché aussi lentement que ce dimanche dans la forêt de la Wantzenau, moi qui vais tout le temps à cent à l’heure sans sortir de la ville… Je ne sais pas si je cale bien mes pas ou si je synchronise bien ma respiration comme on me l’a expliqué, mais je sens clairement que c’est bien plus calme et serein que si j’allais à vitesse normale en respirant comme je fais d’habitude.
Je fais bien plus attention à ce qui m’entoure, et je me surprends à me poser des tonnes de questions sur cet écrin de verdure que je traverse actuellement. Je n’aurais pas le temps de me les poser, d’ordinaire... Je me croirais revenu en sixième, lorsque je devais constituer un herbier pour les cours de biologie. Là, un champignon. Et ici, un autre. Je ne sais même pas comment ils s’appellent. Et là, quelques plumes. Y aurait-il un nid au-dessus ? Et là, au pied de cet arbre… de la bave d’escargot ? Mais pas d’escargot visible à proximité… Je crois aussi que je viens de voir une chenille enfermée dans sa chrysalide, sous une feuille. Et j’entends chacun des craquements des brindilles, sous mes pas.
Je tourne soudain la tête à cause d’un bruit à gauche, au loin, sur la rivière. Apparemment, un canard et un cygne se disputent. Reconcentrons-nous… Ici, je vois un terrier. Je me demande quel animal l’a creusé. Et ici, sur cette branche, ces petites baies noires… sont-elles comestibles ? Mieux vaut ne pas tenter d’y goûter. On arrive à une sorte de mini-clairière, avec des troncs recouverts de mousse sur le sol. Des petits animaux ont laissé une trace de leur passage. Au-dessus de nous, la voûte formée par les branches des arbres ployant sous le soleil fait penser à un dôme de verdure. Ils n’ont pas les mêmes feuilles, mais j’aurais bien du mal à en nommer ne serait-ce qu’un ? Là, est-ce un hêtre ? Ou un chêne, ou encore un bouleau ? …
Hum, et surtout, est-ce normal que je me pose autant de questions alors que je suis censé faire le vide dans mon esprit ?
Vincent Ballester
Méditer, c’est tenter de faire le vide dans son esprit en se concentrant sur l’instant présent, sur le ressenti de son corps. C’est l’inverse de manger en regardant la télévision, ou de couper ses légumes en réfléchissant à ce qu’on a oublié d’acheter au supermarché.
C’est ce que tente de faire comprendre l’initiation à la méditation en pleine conscience proposée par Wake Up Strasbourg. Elle propose par exemple de méditer en mangeant (en faisant silence, en captant chaque effluve alimentaire, en prenant le temps de savourer), en s’asseyant (confortablement) en lotus dans une salle au sommet d’une pagode, ou en se baladant dans la forêt tout en synchronisant ses pas sur sa respiration.
Vincent Ballester
Les addictions, Opali-Ne les connaît bien. Ce lieu d'accueil est dédié aux habitants du Neuhof concernés par des comportements addictifs. Toutes les semaines, des professionels de l'organisation arpentent le quartier à la rencontre des plus vulnérables. Le but : créer un lien avec eux pour prévenir les risques liés à la consommation.
« Là, vous voyez, typiquement, c’est une zone d’activité », indique Céline Braune, éducatrice spécialisée d’Opali-Ne (*), en pointant du doigt une pipette vide de sérum physiologique et une boîte de méthadone. Nous sommes au coeur du « Triangle d’or », note la salariée d’Opali-Ne, un terme utilisé par la police pour désigner ce secteur du Neuhof où la consommation et le trafic de stupéfiants sont particulièrement élevés. À deux pas de l’école Guynemer, les yeux rivés au sol, nous observons les traces de ces pratiques addictives.
Une mère de famille, attirée par l’objet de notre curiosité, s’attarde à nos côtés. « Je n’autorise plus mes enfants à venir jouer le long des rondins de bois, lance-t-elle. C’est trop dangereux. » Il y a quelques mois, son fils a trouvé une seringue à peine planquée entre le petit grillage et le tronc d’arbre. Plus désolée qu’alarmée, cette Neuhofoise est prudente. « Dieu merci, ça n’est plus arrivé depuis, mais c’est vraiment triste », ajoute la passante, à peine soulagée.
Une consommation plus ou moins propre
« Dans le quartier, la consommation se fait à ciel ouvert », affirme Céline Braune. Avec sa collègue Julie Guignard, psychologue, elles accompagnent dans leur pratique les personnes touchées par une addiction. Leur rôle n’est pas de les contrôler, mais de les inciter à adopter des gestes sûrs pour leur santé. Dans les locaux d’Opali-Ne, située au 8, rue de Châteauroux, les deux femmes proposent aux consommateurs du matériel stérile et gratuit. Trois jours par semaine, les locaux sont ouverts pour ce public.
Lors de notre sortie, Céline Braune se réjouit presque de trouver coupes, boîtes vides de kits stériles et emballages de préservatifs. « Au moins, ils ont une consommation à peu près propre. Ça me rassure, parce que ça fait assez longtemps qu’on n’a pas vu de seringues, relève l'éducatrice. Ça veut dire qu’ils les ont jetées et que personne ne peut tomber dessus malencontreusement. » Le constat est le même dans la rue de Clairvivre, dans les buissons jonchant l’église Saint-Christophe, dans ceux du cimetière, ou encore le long de la ligne de tram C.
La branche strasbourgeoise de l’association Wake Up s’est réunie ce dimanche 14 octobre. Avec pour objet cinq heures d’initiation à la méditation en pleine conscience, dans la forêt de la Wantzenau puis à la pagode de la Robertsau. Une dizaine de personnes, néophytes ou confirmées, ont répondu "présent".