Vous êtes ici
07/02/13
19:34

A Kehl, la folie s'invite au carnaval

« Weiberfastnacht » : « le carnaval des femmes ». En Allemagne, cette journée inaugure le carnaval. Ce jour-là, comme le veut la coutume depuis 1824, les femmes prennent le pouvoir. Elles castrent les hommes en coupant leur cravate. Mais près de la frontière française, à Kehl, on ne fête pas le début du carnaval de la même façon. En dépit des femmes, ce sont les enfants, les rois de la fête.

Onze heures. À Strasbourg, l'ambiance est au travail. De l'autre côté du Rhin, à Kehl, la fête bat son plein. Monstres, sorcières, animaux étranges... La ville est passée à l'heure du « Karneval ». Aujourd'hui, c'est jeudi gras. Les habitants de Kehl entament le début des festivités, qui doivent durer presqu'une semaine. Six jours de folie, où la bière coule à flot, où l'on s'engraisse avant la période des quarante jours de jeûne. Où tout est permis.

Sur la place du centre ville, les enfants attendent sagement l'heure du départ. On tape du pied. On frappe des mains, pour se réchauffer. Toutes générations confondues, tous vêtus de déguisements un peu loufoques, ils s'interpellent et se retrouvent. Beaucoup ne se sont pas vus depuis l'an dernier. Ils ont rendez-vous sur le parvis de la mairie, à 11h11 exactement, pour rappeler le 11 novembre, premier jour traditionnel du carnaval. Lena est Allemande. Le carnaval de Kehl, elle le connaît, depuis presque toujours. Elle retire son masque monstrueux et se fend d'un large sourire.

 

Au rythme du « gangnam style » coréen, le défilé commence enfin. Le petit groupe se met en branle et marche d'un bon pas. Il brave le froid ambiant, dans les rues presque vides... La fête est loin de ressembler à celle qui se joue ces jours-ci dans d'autres villes allemandes, comme à Cologne ou Düsseldorf, à l'ouest du pays. Là-bas, ce sont des milliers de personnes, surtout des femmes, qui battent le pavé. Ici, ils ne sont pas plus d'une centaine à faire honneur au carnaval. Mais ils sont bien décidés à perpétuer la tradition. Direction, la mairie de Kehl, où les attend le maire de la ville.

Chasser l'hiver

Beaucoup sont des habitués du carnaval de Kehl. Pascal y participe depuis 1978. « A l'époque, j'y allais avec toute ma famille », se souvient-il en souriant. Aujourd'hui, il fait partie d'un club. Pour se reconnaître entre eux, ses membres se déguisent de la même façon. En ce jeudi gras, ils ont choisi d'être des moustiques. Un brin terrifiant.

Suivant la coutume à la lettre, les carnavaliers ont emmené un arbre avec eux. Ils doivent le planter devant la mairie, à mains nues. Les hommes tirent l'arbre avec des cordes pour le relever, le stabilisent, et le fixent dans un trou. L'exercice est périlleux.

Planter un arbre, c'est aussi annoncer la venue du printemps. Laura, 9 ans, fait partie du défilé depuis l'âge de marcher. La petite fille a bien compris la signification du jeudi gras : « Nous voulons chasser l'hiver ! », s'exclame-t-elle, avant de fendre la foule et de se lancer dans une « queue leu-leu » endiablée. La danse s'impose, naturellement. Certains entament quelques pas de valse et tournoient tant bien que mal au milieu des enfants. Sans égard, ils sont chassés de la piste. Les petits se bousculent, sautent, écartent les bras, sur l'air de « Ich fliege », « je vole ».

Dans les autres villes allemandes, ce sont les femmes qui « prennent la mairie ». A Kehl, hommes et femmes, adultes et enfants, tous sont rassemblés devant le maire. Il tient dans ses mains une lourde clé en or. Benjamin est déguisé en escargot du Rhin. « On va prendre possession de la Mairie ! Le maire Petri devra laisser sa place, il sera destitué de ses fonctions et ensuite nous allons régner, gouverner. Notre façon de gouverner sera de propager l'ambiance, la bonne humeur, de faire la fête ! »

L'horloge de la mairie sonne déjà midi. On commence à remplir les verres. On lance des friandises dans la foule d'enfants. Chacun attend la distribution des « Berliner », les boules de Berlin, ces beignets bien gras fourrés à la framboise. Bientôt, les bouches sont pleines, les babines mouillées de sucre glace. Cette pâtisserie est le première d'une très longue série. La fête dure encore six jours.

Mathilde Dondeyne

 

Imprimer la page

Fil info

09:50
Alsace

Un préfet délégué du Bas-Rhin rejugé dans l’affaire des assistants d’eurodéputés du MoDem

07:20
Alsace

Cernay : un ancien gendarme condamné pour des agressions sexuelles sur la fille de son ex (DNA)

17:35
Alsace

Un engin de chantier se renverse sur la D83 à Ichtratzheim, entre Sélestat et Strasbourg (Bas-Rhin)

12:35
Alsace

Envahi par les cyanobactéries, l'étang de Wiwersheim (Bas-Rhin) ferme pour une durée indéterminée

17:43
Alsace

La justice désavoue un habitant de Bergholtzzell qui réclamait l'arrêt de la fontaine municipale pendant la canicule

12:57
Alsace

Le groupe énergétique Arverne revendique un potentiel de 43 millions de tonnes de lithium dans la région

11:00
Alsace

Europapark élu meilleur parc de loisir au monde pour la 11e fois aux Golden Ticket Awards, aux Etats-Unis

15:08
Alsace

Des retards et suppressions de trains à prévoir entre Paris et Strasbourg suite à un accident dans l'Aisne

16:37
Alsace

L'homme suspecté d'avoir menacé de mort une candidate Insoumise à Strasbourg sera jugé le 31 mars

12:20
Alsace

Blocage de Sciences Po Strasbourg : réouverture partielle prévue lundi

Articles liés

0
Strasbourg

Kehl fête jeudi gras