La panique des premiers temps s’est peu à peu estompée. A l’image de l’Europe, le Parlement européen se déconfine doucement et apprend à vivre avec le Covid-19. Pour la première fois depuis le début de la pandémie, les eurodéputés ont été autorisés à assister physiquement aux débats à l'occasion de la session plénière du mois de mai. Mais, crise oblige, c’est à Bruxelles, et non pas à Strasbourg comme normalement, qu’ils se sont réunis. Cette fois, le temps est venu pour eux de parler de la relance, de la réouverture de l’espace Schengen, du soutien à la recherche médicale et du futur budget européen. Pour les eurodéputés une chose est claire, si la menace d’une seconde vague épidémique se concrétisait, l’Union européenne se devrait d’être prête à une action coordonnée.
Lucas Lassalle
Les opposants au projet n'ont pas caché leurs inquiétudes quant au futur traitement de ces informations et ont demandé davantage de garanties. Le Royaume-Uni est notamment accusé d’avoir permis au géant du net Amazon d’accéder aux données personnelles de millions de Britanniques. "C’est un véritable manque de sérieux", s'est désolée l'eurodéputé française Gwendoline Delbos-Corfield (Les Verts/ALE). "Nous ne voulons pas sacrifier la question des droits des citoyens au nom de cet échange."
Pour la plupart des élus de droite néanmoins, le partage des données dactyloscopiques est perçu comme un véritable enjeu de coopération. "On parle tout de même d’un échange qui va en faveur de la sécurité des citoyens, a ainsi affirmé l’eurodéputée luxembourgeoise Isabel Wiseler-Lima (PPE, centre-droit). Il s’agit de lutte contre la criminalité et le terrorisme. Nous nous devons de garder une main tendue."
La prise de position du Parlement n’est cependant que consultative et un accord est encore envisageable. Seule condition posée par les Etats membres: le Royaume-Uni doit consentir à partager les données de ses suspects.
Lucas Lassalle
La possibilité d’une procédure d’infraction contre la Hongrie a été débattue par le Parlement européen le 14 mai à Bruxelles. En cause, la mise en place par le gouvernement hongrois d’une loi d'urgence controversée.
"Le gouvernement hongrois ne l’emportera pas", a promis l'eurodéputée allemande Terry Reintke (Les Verts) lors d'un débat sur la situation politique en Hongrie organisé en urgence par le Parlement européen le 14 mai. Pour faire face à la crise sanitaire, les députés hongrois ont adopté le 24 mars dernier une loi extraordinaire, confiant de très larges pouvoirs au gouvernement dirigé par Viktor Orban. Celui-ci peut désormais légiférer sans le contrôle du Parlement. Une menace pour la démocratie pour certains eurodéputés.
Mais la question déchire les parlementaires et sème la discorde au sein du principal groupe politique du Parlement, le PPE (centre-droit), auquel appartient toujours le Fidesz de Viktor Orban. Alors que du côté du S&D (sociaux-démocrates) on dénonce "une situation honteuse" et que le président de Renew (Libéraux) estime "que le gouvernement Orban ne devrait plus recevoir aucun centime de l’Union européenne", les dirigeants du PPE se sont contentés de constater que "la Commission européenne n’a déterminé aucune violation des règles pour le moment."
De fait, en clotûre du débat, la vice-présidente de la Commission, Vera Jourova, a confirmé que celle-ci "ne veut pas ouvrir une procédure maintenant" et que "le Conseil de l'Union européenne organisera une réunion avant toute action." Contacté, le gouvernement hongrois a tenu à rappeller que plusieurs autres pays européens ont récemment adopté des lois d’urgence exceptionnelles et que "sa priorité première est la protection des vies humaines."
Leïna MAGNE
"L’Europe a besoin d’un plan B"
Malgré les 7,4 milliards d'euros de promesses de dons pour financer la recherche d'un vaccin obtenues par la Commission européenne le 4 mai, le leadership de l’Europe semble compromis au regard de l’actualité. "Aujourd’hui, nous lisons dans la presse que le patron d’un gros groupe pharmaceutique français a dit que s’ils développaient un vaccin, il irait d’abord aux Américains", s’est ainsi insurgé l'eurodéputé allemand Tiemo Wölken (S&D, sociaux-démocrates).
Pas de doute pour Peter Liese, "l’Europe a besoin d’un plan B si le vaccin du Covid-19 est développé ailleurs". Comme ses homologues des Verts et de la GUE/NGL, l’eurodéputé du groupe PPE (centre-droit) propose de recourir à des "licences forcées". "Cela permet aux États membres d'utiliser la recette de la production de vaccins sans le consentement formel du titulaire du brevet d'origine", a-t-il expliqué durant le débat.
Si un vaccin n’est pas espéré avant plusieurs mois, les eurodéputés ont montré qu'ils attendaient au tournant la Commission européenne qui doit présenter dans les prochains jours sa nouvelle stratégie pharmaceutique pour l'Union européenne.
Madeleine Le Page
Alors qu’une course mondiale dans la recherche d’un vaccin contre le Covid-19 est engagée, le Parlement européen plaide pour une stratégie pharmaceutique européenne rapide et ambitieuse.
"La santé est un bien public mondial. Elle n’appartient à personne", a martelé l'eurodéputé belge Marc Botenga (GUE/NGL, gauche anti-libérale), jeudi 14 mai lors d’un débat au Parlement européen sur la stratégie de santé européenne face au Covid-19. Alors que le déconfinement est enclenché partout en Europe, la crainte d’une deuxième vague épidémique se fait de plus en plus pressante. Dans ce contexte, la recherche d’un futur vaccin accessible à tous et l’approvisionnement en médicaments ont été au cœur des discussions dans l’hémicycle bruxellois.
La crise sanitaire a mis en lumière les faiblesses de l’Union européenne dans le secteur de la santé. Le manque de financement dans la recherche et la délocalisation des chaînes d’approvisionnement de médicaments en Asie ont notamment été pointés du doigt par les parlementaires européens. "Ne laissons pas les Etats tiers nous rendre dépendants de leurs recherches et de leur production de médicaments", a soutenu l’eurodéputée Véronique Trillet-Lenoir (Renew, libéraux) en appelant à une action coordonnée et de poids des agences de santé pour "restaurer la souveraineté européenne."