Selon Jan Huitema, « il faudrait que les déchets n’existent plus, c’est à l’Union européenne de créer un système pour qu’ils deviennent des matières premières. » Malgré les mesures de 2015, le niveau de réutilisation de matières recyclées en matières premières tend à stagner dans l’Union européenne, puisqu'il est passé de 12% en 2016 à seulement 12,4% en 2019.
La mise en oeuvre d'une véritable économie circulaire obligerait de nombreuses industries à changer en profondeur leurs pratiques actuelles. Si plupart d'entre elles adhèrent officiellement à l'objectif de généralisation du recyclage, ils se montrent réservés sur l'opportunité de nouvelles normes. Pour Antonello Romano, représentant de Plastics Europe, qui rassemble les producteurs de plastiques européens : « L’industrie ne s’oppose pas aux règles contraignantes, cependant celles-ci doivent être efficaces, proportionnelles et basées sur des preuves. » De son côté, Pierre Condamine, de l’ONG Zero Waste estime que la contrainte est essentielle en matière environnementale. Il se réjouit des propositions du Parlement : « On a déjà eu plein de promesses non contraignantes des entreprises qui, très souvent, ne sont pas mises en place. Il est temps d'aller plus loin. ».
Suite au vote du Parlement, Virginijus Sinkevičius, le commissaire européen à l’environnement, s’est dit sensible aux préconisations des eurodéputés. Il leur a promis une nouvelle proposition législative de la Commission européenne sur l'économie circulaire dans les prochains mois.
Manon Martel
« Si nous ne développons pas notre économie circulaire, nous ne serons pas neutres en carbone en 2050 », a martelé l’eurodéputé néerlandais Jan Huitema (Renew, libéraux), lors de la présentation de son rapport sur l’économie circulaire adopté le 9 février au Parlement européen. Les eurodéputés ont appelé à profiter du plan de relance européen pour accélérer le passage d’une économie linéaire – sur le schéma « extraire, fabriquer, consommer, jeter » - à une économie fondée sur le recyclage et la valorisation des déchets.
Pour parvenir à ce modèle plus durable, ils estiment insuffisants les efforts entrepris depuis l'adoption du dernier plan d’action européen en 2015. Même s’ils soutiennent la volonté affichée l’an dernier par la Présidente de la Commission Ursula Von der Leyen de limiter davantage les déchets dans des secteurs comme le textile et les plastiques, ils attendent des réglementations plus contraignantes pour les industriels.
Dans leur rapport, les eurodéputés préconisent notamment que l’utilisation des matières premières et l’empreinte de la consommation - de la fabrication à la fin de vie des produits - soient soumises à des obligations légales. Ils souhaitent également que l’écoconception soit renforcée, par la fixation d'un taux minimum de matières recyclées dans les nouveaux produits.
Mardi 9 février, le Parlement européen a largement adopté un rapport préconisant de nouvelles actions en faveur de l’économie circulaire.
Pierre Thevenet
La présidente de la Banque centrale européenne a échangé avec les eurodéputés sur la manière dont son institution a réagi à la crise sanitaire. Après l’avoir félicitée, les parlementaires ont débattu des orientations futures de la politique monétaire européenne.
« La BCE est parvenue à ne pas laisser tomber les Etats membres par rapport au marché, contrairement à la crise de 2009 : nous nous en félicitons, c’est un succès », s’est réjoui l’eurodéputé allemand Sven Simon, (PPE, centre droit), lors de la présentation de son rapport sur l’action de la Banque centrale européenne (BCE) en 2020. En présence de sa présidente, Christine Lagarde, les eurodéputés ont globalement salué les décisions prises pour faire face aux effets de la crise sanitaire sur l’économie européenne. Depuis mars, elle a multiplié les manœuvres pour sauver la zone euro, selon le principe du « Quoi qu’il en coûte » (« What ever it takes ») initié par son prédécesseur Mario Draghi. Le programme d’achat d’urgence (PEPP), doté d’une enveloppe de 1850 milliards d’euros depuis sa revalorisation en décembre, a été particulièrement loué. Il a permis de maintenir la stabilité des prix et des taux d'intérêt très bas pour les emprunts des Etats membres .
Néanmoins, au cours du débat, des divergences se sont aussi fait jour entre les différents groupes parlementaires sur les orientations futures de la politique monétaire européenne. Ranimant ainsi un débat lancinant sur le mandat et les pouvoirs de la BCE. L’aile gauche du Parlement européen a notamment défendu un élargissement des moyens d’actions de la BCE pour mieux affronter les crises à venir. Beaucoup d’entre eux, dont Dimitrios Papadimoulis, eurodéputé grec (GUE/NGL, gauche radicale) ont proposé de « sortir des sentiers battus ». Selon eux, il faudrait envisager une annulation pure et simple de la dette des pays européens, détenue à 25% par la BCE. L’eurodéputée française Marie Toussaint (Verts/ALE, centre gauche et centre droit) a quant à elle exhorté l’Union européenne à avoir « l’audace de mettre la sauvegarde du climat au mandat de la BCE » et à augmenter les moyens alloués à la transition écologique. Des réorientations fermement rejetées par le principal groupe du Parlement, le PPE, par la voix de Sven Simon : « La BCE ne doit pas devenir une banque d’investissement […], cela contredirait son rôle et serait illégal, quels que soient les amendements de la gauche et des verts. »
Quant au dossier climatique, la présidente de la BCE a rappelé sa position : « Les banques centrales ne sont pas responsables des politiques climatiques, elles sont hors de sa juridiction ». Néanmoins, elle a conclu son discours avec une promesse : « Nous irons beaucoup plus loin pour les générations à venir ».
"Mettre en place des sanctions intelligentes"
La possibilité d’appliquer des sanctions économiques aux entreprises birmanes et de supprimer totalement leurs accès préférentiels au marché européen n’a pour le moment pas été retenue par les eurodéputés. En effet, comme le rappelle Sophie Brondel, coordinatrice de l’Association Info-Birmanie, ce type de mesures « pénaliserait nécessairement la population » et pourrait ne pas suffire à décourager des militaires qui ne cherchent de légitimité « ni sur le plan national ni sur le plan international ».
Dès lors, ce sont des actions ciblées spécifiquement sur les seuls hauts gradés militaires birmans et leurs capitaux qui ont été privilégiées. Comme l’explique l’eurodéputé Lukasz Kohut (S&D, social-démocrate), il s’agit pour l’Union européenne de « se coordonner, pour mettre en place des sanctions intelligentes, qui ne toucheront pas la population. » Pour Sophie Boisseau du Rocher, chercheur associé au centre Asie de l’IFRI, « la marge de manœuvre est excessivement fine, les militaires sont très bien organisés, les circuits financiers ne passent plus par l’Occident. »
Prenant bonne note des préconisations des eurodéputés, Josep Borrell, Vice-président de la Commission et Haut représentant de l’Union Européenne, a néanmoins appelé à la patience et à la réflexion. « Nous devons nous concentrer sur deux objectifs : la libération inconditionnelle des personnes emprisonnées, et le développement d’une forme de dialogue. » a-t-il ainsi temporisé en clôture de son intervention au Parlement le 10 février. C’est désormais aux ministres des Affaires étrangères des 27 Etats membres qu’il reviendra de décider de l’adoption d’éventuelles sanctions lors de leur prochaine réunion prévue à Bruxelles le 22 février prochain.