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Les baskets roses de la jeune femme ne cessent de trembler sur le sol de la salle d’audience. Marine S. est jugée pour cinq départs de feu commis entre le 12 décembre 2019 et le 6 février 2020, dans le magasin de sport qui l’embauchait, à Lampertheim, au nord de Strasbourg. La dernière tentative a provoqué l’incendie du bâtiment qui n’a pas rouvert depuis. Un préjudice évalué provisoirement à plus de deux millions d’euros. Après plusieurs mois d’enquête, l’employée avait fini par reconnaître les faits le 2 octobre dernier.

"Je ne sais pas ce que je cherchais à obtenir"

De nombreuses fois, le président lui demande les raisons qui l’ont poussée à mettre le feu, d’abord à des articles, puis à des cartons dans la remise. Jusqu’à utiliser un dispositif rudimentaire à l’aide d’une bougie et de coton pour retarder le départ du feu qui ravagera le magasin. Et de nombreuses fois Marine S. répond, craintive, "je ne sais pas pourquoi". "Vous avez eu le temps d’y réfléchir", relance le président en rappelant qu’elle est suivie par un psychiatre depuis octobre. "Je ne sais pas ce que je cherchais à obtenir." C’est la seule chose que la jeune femme parvient à articuler.

Au fur et à mesure de l’audience, c’est un profil psychiatrique que tentent d’établir les magistrats, avec difficulté tant la prévenue est mutique. Elle exprime difficilement "un appel à l’aide" et le "soutien" de son père qu’elle recherche. Le psychiatre nuance cette tentative de justification et évoque "un fond pyromane" dans l’expertise qu’il a remise au tribunal. Le président rappelle que "les pyromanes sont souvent des personnes socialement bien intégrées". Comme Marine S., 23 ans, titulaire du galop 7 - le plus haut diplôme pour un cavalier -, propriétaire de son cheval et qui souhaite ouvrir, avec une amie, un refuge pour animaux. "Vous n’êtes plus une enfant, tonne le président, vous aviez d’autres choses à faire pour parler à votre père."

L’assesseure lui demande : "Vous n’avez pas eu peur d’aller en prison ?" "Si." "Alors pourquoi avoir continué ?" La jeune femme hausse les épaules.

"Ce qui fait peur c’est la gradation"

Le procureur évoque une "affaire faite d’apparence et de réalité". "On se rend compte que madame a 1285 amis sur un réseau social, c’est l’apparence d’une personne qui rit. Là, vous avez devant vous une personne qui pleure. Ce qui fait peur, c’est la gradation, de l’étiquette à ce brasier énorme avec un préjudice qu’elle mettra son existence à régler. Ce n’est pas avec des followers qu’elle y parviendra." Le ministère public reconnaît cependant "un trouble de la personnalité''. "Pour les pyromanes, détruire ce qui nous entoure c’est plus facile que de se laisser consumer à petit feu par nos problèmes."

L’avocat de la défense estime l’analyse psychiatrique "décevante". "Il n’y a pas d’explication car en vérité elle ne sait toujours pas pourquoi. Ce sont des passages à l’acte : le psychiatre parle d’état névrotique. On n’a qu’un début d’explication. Pour qu’elle comprenne ce qu’elle a fait, iI faut une obligation de soin mais celle-ci n’est pas compatible avec de l’emprisonnement ferme. Madame n’en est qu’au début, c’est un travail qui sera long. Les faits sont conscrits dans le temps, il n’y a rien eu avant et après. Depuis quatre mois, elle suit son contrôle judiciaire et ses soins. Il n’y aura pas de réitération d’acte, cela ne requiert pas d’emprisonnement ferme."

Quatre ans de prison et une grosse indemnité

Le tribunal décide finalement de suivre les recommandations du parquet et condamne la prévenue à quatre ans de prison dont trois en sursis probatoire, avec une obligation de travailler et de suivre des soins. "Cette année de prison n’est pas aménageable de suite, ce bracelet électronique vous allez devoir montrer que vous en êtes digne", conclut le président. En attendant de connaître le montant final des dégâts, la jeune femme est également condamnée à verser une réparation d’un montant de 200 000 euros aux parties civiles.

Guillaume Carlin

 

Le tribunal a condamné, ce mardi 16 février, Marine S. à quatre ans de prison, dont trois avec sursis, pour dégradation de biens par le feu. Elle comparaissait devant le tribunal pour avoir incendié le magasin de sport dans lequel elle travaillait.

Elias, Nathalie, Delia et Arnaud (de gauche à droite) ont troqué les skis alpins pour les raquettes. © Cyrielle Thevenin

La pyromane de Lampertheim condamnée à quatre ans de prison

17 février 2021

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Le tribunal a condamné, ce mardi 16 février, Marine S. à quatre ans de prison, dont trois avec sursis, pour avoir incendié le magasin de sport ...

Difficile, dans ces conditions, de retrouver le sourire. Le 16 janvier, le Gouvernement a autorisé la réouverture des remontées mécaniques pour les mineurs licenciés. Mais, à quatre jours des vacances scolaires dans le Grand Est, la météo devient capricieuse. En cette mi-février, les températures sont fortement remontées, à plus de 10 degrés. "Avec cette hausse du thermostat, il va falloir damer le soir et laisser geler la nuit", indique André Grob. Du côté du Lac Blanc, l'état d'esprit est plus morose. Ce réchauffement est vu comme un pied de nez, au moment où les remontées mécaniques peuvent enfin ouvrir partiellement. Dans son bureau, Michaël Berthelmé soupire : "On a envie de dire : vivement que ça se termine, qu'on passe à autre chose et qu'on prépare l'été !"

 

Arthur Massot et Cyrielle Thevenin

 

Face à tous ces randonneurs, difficile parfois pour les stations de parvenir à faire face à cet afflux. "Avec les remontées mécaniques, on parvient à centraliser les pratiques. Là, la masse de personnes est diluée et c'est difficile", explique Michaël Barthelmé, directeur du syndicat mixte du Lac Blanc. D'autant qu'une grande partie de ces nouveaux touristes ne connaissent pas bien la montagne, ce qui a pu générer certains problèmes; à Noël notamment. "On trouvait des personnes en ski alpin sur les pistes de ski de fond, d'autres venaient en jogging - baskets dans la neige et nous appelaient à l'aide deux heures après", se souvient-il. Il constate également que la zone de quiétude des animaux est de moins en moins respectée.

Autre difficulté, celle de parvenir à assurer la sécurité. Plusieurs accidents de luge ont été relevés cet hiver. Et les stations n’ont pas pouvoir de verbalisation et se limitent à de la prévention. D’autres moyens manquent, financiers ceux-ci. Près de 20 000 euros de pertes ont déjà été enregistrés pour la station du Lac Blanc, selon lui. Et le succès du ski nordique ne parviendra pas à compenser les pertes engendrées par la fermeture des remontées. "Une bonne saison de ski alpin, ça nous rapporte 1,8 million d’euros en ventes de forfait. Une bonne saison de ski de fond, c'est 80 000 euros", chiffre Michaël Barthelmé.

"En février, la vallée est bondée normalement. Cette année, ce n'est pas le cas", observe Arnaud, loueur de ski. © Cyrielle Thevenin

Un afflux difficile à maîtriser

Jusqu'à cette semaine, la neige était pourtant présente en masse dans la station. Un petit don du ciel pour les professionnels de la montagne, qui ont pu attirer grâce à elle de nombreux touristes, venus profiter de la nature et redécouvrir leur région. Première activité à en bénéficier, le ski de fond a connu un réel essor cette saison. "On a une progression de 100% de notre fréquentation, affirme André Grob, responsable du ski de fond à la station de Markstein - Grand Ballon (Haut-Rhin). Certains week-ends, c'est la folie des grands jours. Les gens ne savent plus où aller et les piétons et utilisateurs de raquettes empiètent sur les pistes de fond".

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