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Le calme revenu, le président résume les faits commis le 10 mars, à Schiltigheim : conduite en état d’alcoolémie et sans permis, vol de 100 litres de gazole sur des camions ainsi que refus d’obtempérer. Istvan R. est aussi accusé d’avoir démarré son véhicule en direction des policiers. Par l’intermédiaire de son interprète, l’homme au pull rayé tente de se justifier et mime certaines actions. Il explique qu’il n’a pas pu identifier les policiers puisqu’ils étaient en civil et qu’il n’a pas entendu les sirènes du véhicule. "Je n’ai pas entendu, les vitres étaient fermées", répète-t-il, tout en levant les mains en signe d’innocence. "Pas la peine de le dire deux fois, vous répondez aux questions une fois et ça suffira", l’interrompt le président.

Istvan R. écope de 12 mois de prison avec maintien en détention et 500 euros de dommages et intérêts à verser à chacun des deux fonctionnaires de police.

"C’est au tribunal que vous vous adressez sinon je fais sortir la famille", prévient le président du tribunal de Strasbourg, Bertrand Gautier. Le ton est donné. Quelques minutes après son arrivée dans le box vitré, encadré de deux officiers de police, Istvan R. est rappelé à l’ordre. Alors que le magistrat vérifie son identité, le trentenaire hongrois se tourne vers ses proches pour obtenir son adresse de domiciliation. La traductrice, présente à ses côtés, n’a pas le temps de traduire ses propos que le président rappelle déjà le règlement. Toute communication avec le public est interdite, afin d’éviter d’éventuelles concertations ou pressions.

Sur les bancs, les chuchotements continuent. L’huissier s’approche de la famille et l’avertit : "Dernière fois ou dehors !" Les proches du prévenu acquiescent de la tête et se concentrent à nouveau sur les débats. Le citoyen qui assiste à une audience, lui non plus, n’a pas le droit de discuter. Ni de manger, de boire ou d’utiliser son téléphone portable comme l’indique une affiche à l’entrée de la salle d’audience. Ces règles visent à garantir le respect et la sérénité des débats ainsi que l’interdiction d’enregistrer ou de photographier au sein d’un tribunal.

Au tribunal correctionnel de Strasbourg, les audiences de comparutions immédiates suivent des procédures bien établies. Ce jeudi 12 mars, il a parfois fallu les expliquer aux prévenus.

© Lucie Cailleret

Gentrification : un processus complexe

Le processus de gentrification est généralement présenté comme un chassé-croisé entre riches et pauvres, au détriment de ces derniers, poussés hors du centre-ville. Statistiquement, le tableau est plus complexe au quartier gare. Les ouvriers représentaient 13,7% des 20-64 ans en 2006 ; 10 ans plus tard, ils ne sont plus que 11,4% selon l’Insee¹. Une baisse de 2,3 points quasi identique à l’échelle de Strasbourg. Des données qui font écho aux récents travaux de la sociologue et maître de conférence de l’Université de Strasbourg, Anais Collet. Dans un ouvrage paru en 2016 qu’elle a co-dirigé, il est expliqué que "les schémas de vagues successives d’installation de différents groupes issus des classes moyennes et supérieures sont rarement observés tels quels, tout comme l’inexorable et complète éviction, hors des espaces centraux, des habitants 'déjà là' appartenant aux catégories populaires."²

¹ Base de données IRIS (Îlots regroupés pour l'information statistique)

² Marie Chabrol, Anaïs Collet (dir.), Gentrifications, éd. Amsterdam, 2016

* Base de données IRIS (Îlots regroupés pour l'information statistique)

** Baromètre de l’immobilier, Notaires de France

"Maintenant, les Européennes se font des tresses afro aussi !"

Pour autant, Judith Ubenga Montero n’est pas inquiète. Au contraire, cette patronne de l’un des salons de coiffure afro de la rue de la Course se satisfait de l’arrivée d’enseignes qui attirent "les Européens". Cette nouvelle clientèle fréquente tout autant sa boutique ethnique que des bars branchés, constate-t-elle. "Maintenant, Les Européennes se font des tresses afro aussi !" Elle se soucie plutôt de son loyer qui ne cesse d’augmenter. Pour Geoffroy Lebold du Tigre, le secteur gare attire "des investisseurs immobiliers aux pratiques agressives". Un point de vue partagé par Anne-Marie Victor, présidente de l’Association des habitants du quartier gare. Elle pointe ces biens "rachetés et revendus à la découpe"

Cela étant, Geoffroy Lebold et Anne-Marie Victor louent leurs biens sur la plateforme Airbnb. Une manière de profiter de la transhumance mensuelle des fonctionnaires et députés européens sortant directement de la gare. Une gentrification temporaire qui, elle, fait l’unanimité.

¹ Baromètre de l’immobilier, Notaires de France

² Base de données IRIS (Îlots regroupés pour l'information statistique)

Valentin Bechu

"Un nouveau public" pour les commerces

Le changement de profil des habitants se ressent aussi au niveau des activités. L’ouverture de la brasserie Le Tigre rue du Faubourg-National, en décembre 2018, en atteste. Vigile à l’entrée le soir, décoration faste à l’intérieur et bière brassée sur place : l’établissement a de quoi attirer "un nouveau public", pour le maître des lieux, Geoffroy Lebold. Une clientèle où se mêlent habitants du centre-ville et du quartier gare. "Certains tout petits commerces disparaissent, relève Philippe Dierstein. Comme le secteur se développe avec des personnes ayant davantage de moyens, des commerçants vendent des produits en adéquation avec cette clientèle, ce qui dynamise la zone."

Deuxième vague de gentrification

Valérie Lozac’h, professeure à Science-po Strasbourg, s’est installée dans le secteur gare en 2006 et a acheté un bien avec son compagnon dix ans plus tard : "Nous voulions habiter dans le centre-ville et c’était le seul quartier accessible financièrement." Un témoignage symptomatique, si l’on en croit Philippe Dierstein: "Quand j’ai commencé en 2006, le quartier était secondaire, mal vu. Petit à petit, entre la Ville, qui a investi beaucoup pour améliorer la qualité de vie, et l’arrivée du TGV, en 2007, le quartier est devenu une alternative pour des gens qui n’ont pas les moyens du centre-ville mais qui ont des revenus confortables."

Valérie Lozac’h appartient à la deuxième vague de "gentrification" venue dans le sillage des artistes et intermittents du spectacle présents autour de la gare depuis la fin des années 1980, avec la création de l’espace Molodoï notamment. Ces "CSP+" se détournent de la banlieue résidentielle et s’implantent dans les anciens quartiers populaires. Du côté de la gare, la proportion de cadres dans la population des 20-64 ans est passée de 15,4% à 23,1% entre 2006 et 2016, selon l’Insee². Dans le même temps, celle des ouvriers est tombée de 13,7% à 11,4%. Comme l’observe la journaliste Myriam Niss, membre de l’Association des habitants du quartier gare et qui y a emménagé il y a trente ans, la gentrification est "lente" et "partielle".

Structurer la filière

À un autre échelon, au Meltdown Bar, dans la Petite France, des tournois Smash Bros sont organisés une fois par semaine. À l’ouverture de l’établissement en 2015, des compétitions se tenaient tous les jours. Pour redonner un élan esportif à son bar, le gérant, Marco Duba, se tourne vers les associations étudiantes. Il veut mettre en place des tournois avec le pôle gaming de la faculté de médecine ou avec le bureau des élèves de l’Ecole de management de Strasbourg. "Et pourquoi pas créer une ligue étudiante pour les facultés et écoles à Strasbourg à la rentrée", imagine Marco Duba.

Les acteurs du jeu vidéo ont pour projet de se constituer en association afin de se faire entendre auprès de l’Eurométropole et avoir accès à des subventions. Ils peuvent compter sur le relais de Jonathan Bodin, chargé de mission industries créatives. "L’esport permet de faire briller le territoire et d’attirer les compétiteurs pour monter des événements importants. On a une position géographique intéressante pour faire des compétitions européennes", estime ce dernier. L’esport pourrait ainsi devenir un vecteur de rayonnement numérique pour la cité.

Claire Birague

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