Les deux paroisses, Souffelweyersheim-Reichstett et Hoenheim ont accueilli leur nouvelle pasteure, ce dimanche 13 septembre, Axelle Imhof. Elle revendique une liberté de croire et de vivre comme elle l’entend. Portrait.
Un mouton égaré, aux nuances de rose, blanc et bleu, repose sur les épaules de Jésus. Sur le dessin, le Christ le ramène à sa place, au sein du troupeau qui l’avait rejeté. C’est la seule affiche qui habille le mur jaunâtre du bureau d’Axelle Imhof, situé à Souffelweyersheim. Ces couleurs représentent le drapeau transgenre. Et ce mouton, c’est Axelle Imhof, première pasteure ouvertement transgenre en France. Elle aussi est à sa place dans sa nouvelle paroisse, l’église Saint-Luc, à Souffelweyersheim. « Si je n’avais pas eu la foi, je ne sais pas si j’aurais réussi à m’avouer ça, à commencer mon parcours de transition. C’est vraiment tout mon chemin spirituel qui m’a amenée à cette prise de conscience », affirme cette femme de 34 ans.
Un long cheminement guidée par la foi
Au cours d’une nuit d’été, en août 2025, Axelle Imhof, encore perçue comme un homme, ne trouve pas le sommeil. Sujette aux insomnies, elle cogite. L’évidence d’une assignation de genre erronée à la naissance la frappe. « C’était fulgurant, j’avais le sentiment que Dieu me disait que j’avais le droit de laisser cette réalité venir à moi, confie la croyante avec soulagement, cette fois-ci, je ne l’ai pas refoulée. » Vêtue d’un chemisier jaune moutarde aux manches bouffantes et au col boutonné, elle se remémore ces instants, le regard flottant, lunettes sur le nez. Ses boucles d’oreilles en résine emprisonnent des pâquerettes, surmontées de petits soleils dorés qui oscillent au moindre mouvement. « On dit souvent que je suis solaire », sourit-elle, cheveux mi-longs, noués en arrière.

Axelle Imhoff, dans le temple Saint Luc, à Souffelweyersheim, où elle officie le dimanche.
Quelques jours plus tard, le 24 août, tout s’aligne. Après une journée passée à chercher des habits dits « féminins », elle comprend qu’une transition complète s’impose. La dysphorie, état de malaise psychologique par rapport à son propre corps, reste trop intense. Le dogme de l’incarnation, l’idée que Dieu s’est fait homme et a pris chair, résonne en elle avec une force particulière. « On est appelé à nous incarner, à vivre pleinement cette vie, les deux pieds sur terre », appuie-t-elle. Son bracelet de perles colorées cliquette au rythme des mouvements de ses mains. Axelle désire alors habiter son corps en accord avec son identité de genre.
Son parcours de transition commence enfin, entourée de ses proches, portée pleinement par sa foi, mais face à un grand inconnu sur sa place dans l'Église. Déjà pasteure depuis 2019, et à l’époque en poste à Hatten, elle fait son coming out auprès de ses fidèles en janvier. Contre toute attente, les retours bienveillants des fidèles pleuvent : « Il y a tout de suite eu un élan d’amour et de confiance. C’était beau de voir des gens pas éduqués sur ces questions qui ont réagi avec un amour fraternel et chrétien. Les réactions négatives étaient très minoritaires », se réjouit Axelle. Par la suite, elle est nommée pasteure à Souffelweyersheim-Reichstett et à Hoenheim.
Une église comme refuge pour toutes et tous
« Être queer est tout à fait compatible avec le fait d’être croyant, je ne peux pas imaginer un Dieu queerphobe », défend-elle avec conviction. Pour autant, Axelle ne nie pas la difficulté de se sentir en sécurité dans les espaces religieux et comprend que certains s’en détournent. « Si je pouvais discuter avec des personnes queers qui remettent en question leur foi, je leur dirais qu’elles ont leur place auprès de Dieu, qu’elles sont aimées telles qu’elles sont. Je comprends leur choix de s’éloigner des églises qui ne sont malheureusement pas des espaces assez "safe", mais vivre sa foi en communauté, c’est tellement beau. »
Pour appuyer ses propos, les mots de l’évêque sud-africain, Desmond Tutu l’accompagnent au quotidien et Axelle aime les citer : « Jamais je ne louerais un Dieu homophobe. Je refuserais d’aller dans un paradis homophobe, je préférerais aller de l’autre côté. » Dans cette approche, la pasteure promeut une église qui peut-être un refuge : « Dans mon ministère pastoral, c'est l'inclusivité de manière générale qui compte. Intégrer celles et ceux qui cheminent spirituellement, mais aussi les enfants, les personnes âgées, handicapées, racisées ou queers est primordial. »
Une mission sur la bonne voie, avec son culte d’installation qui s’est déroulé ce dimanche 13 septembre avec bienveillance et dans de très bonnes conditions. En guise de soutien, l’inspectrice de la paroisse a d’ailleurs rapidement organisé une soirée de formation et d’échanges ouvertes à toutes et tous sur la transidentité. Le 20 novembre, Axelle apportera son témoignage lors de l'événement organisé à Strasbourg par l’Antenne inclusive à l’occasion du TDoR, la Journée internationale du souvenir trans.
Estelle Bouchart, édité par Jeanne-Esther Eichenlaub