Le président philippin a encore fait une sortie fracassante en traitant Barack Obama de « fils de pute ». Arrivé à la tête du pays en juin, « The Punisher » détonne autant par ses déclarations fracassantes que pour sa politique intérieure.
Le tableau de chasse de Rodrigo Duterte s'allonge de jour en jour, Obama en est la dernière victime. Alors qu'il n'est en poste que depuis le 30 juin, le président philippin a multiplié les saillies envers les grands responsables mondiaux. Barack Obama donc, « un fils de pute », qui se voit reprocher le passé colonialiste des Etats-Unis aux Philippines. Une insulte déjà utilisée pour qualifier le pape François alors en visite en mai dans la capitale Manille et qui aurait entraîné, à son goût, de trop gros bouchons. Le sens de la mesure en toutes circonstances.
L'ambassadeur américain aux Philippines s'est lui aussi fait insulté « fils de pute homosexuel ». Durant sa campagne, il a également dérapé sur le viol collectif d'une Australienne ayant eu lieu dans les années 80 à Davao, ville dont il était maire. Il a regretté que « le maire n'ait pas été le premier. Elle était si belle. Quel gâchis ! »
En guerre contre le trafic de drogue
« Digong » comme on l'appelle aux Philippines est un habitué des phrases chocs. Il s'est fait élire sur la promesse de débarasser le pays de la criminalité lié à la drogue et de la corruption en moins de six mois. Là encore, il ne mâche pas ses mots, il annonce qu'il « tuera 100.000 criminels dont les corps serviront à nourrir les poissons de la baie de Manille ». Il déclare également vouloir rétablir la peine de mort et appelle la population à « tuer les accros à la drogue si vous en connaissez un ».
Et ses paroles sont suivies d'actes. Le 22 août, le chef de la police nationale, Ronald dela Rosa, affirmait que 1.900 personnes avaient été tuées dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue : 750 par la police et environ 1.100 par des milices improvisées. 700.000 consommateurs se seraient également rendus à la police. De leur côté, les Nations unies dénombrent 2.400 morts et le secrétaire général Ban Ki-moon a qualifié ces « meurtres extra-judiciaires », « d'illégaux et qu'ils représentaient une violation des libertés et des droits fondamentaux ». Comme à son habitude, Rodrigo Duterte a rétorqué en traitant le sud-Coréen de « stupide » et a menacé de se retirer de l'organisation. « Les répercussions ? Je m'en fous ! » assure-t-il.
Des positions surprenantes et tolérantes
L'homme a hérité de multiple surnom, mais lui préfère « The Punisher » qu'il a placardé sur ses affiches où il apparaît sur une moto en justicier de la criminalité. Certains le compare à Donald Trump pour sa posture populiste, mais pour Tom Fisher, éditorialiste au Guardian, cela serait faire injure au candidat américain tellement Rodrigo Duterte serait pire.
Reste qu'au-delà des polémiques, il a également pris des positions tolérantes envers la contraception et les homosexuels alors qu'il est un machiste assumé et que les Philippines restent un pays ultra-catholique. Et s'il est véhément envers les Etats-Unis, c'est pour mieux se rapprocher de la Chine selon certains analystes. Alors que la question de l'occupation d'iles philippines par les Chinois en Mer de Chine enveniment les relations entre les deux pays depuis de nombreuses années, le président philippin tente de désamorcer la situation. A sa manière forcément. Durant sa campagne, il promettait à ses électeurs de « chasser les bateaux chinois en jet-ski », mais il assure désormais vouloir partager les ressources et est prêt à négocier avec Pékin si « les Chinois nous construisent des trains ». Un langage toujours fleuri, contrairement à ses fusils.
Paul Salin