Dans son livre Pour une politique de l'amitié, la députée LFI présente la vitrine d'un nouveau modèle sociétal, dont certaines mesures détonnent avec le programme porté par son parti.

Clémence Guetté détaille devant un public attentif sa vision de l'amitié et sa volonté de la transformer en un objet politique. Photo Salomé Cadon
Invitée pour la première date de son tour de France à la Librairie éphémère Kléber de Strasbourg mercredi soir, Clémence Guetté présente au public sa vision de l'amitié, notion peu courante dans la sphère politique, et la manière dont elle la transforme en réel objet politique.
Le premier étage de la librairie est noir de monde bien avant que celle qui est aussi vice-présidente de l'Assemblée nationale arrive. Au fond de la salle sont posées différentes piles de livres. Les personnes présentes peuvent d'ores et déjà se procurer le premier ouvrage de la députée Pour une politique de l'amitié (éditions La Découverte, 160 pages, 14 €), mais aussi d'autres livres publiés par l'Institut la Boétie, dont Clémence Guetté est la présidente. Tout le monde n'est pas assis, le nombre d'intéressés dépassant largement les capacités de la salle, mais ça ne ternit pas l'enthousiasme de chacun. Lorsque la députée insoumise apparaît, elle est accueillie par des applaudissements nourris.
Thomas Vonderscher, directeur de la Librairie de la Presqu'île, anime la rencontre. La courte présentation qu'il fait de la politicienne recueille des réactions enthousiastes alors qu'elle affiche un sourire gêné. Il ne fait en tout cas aucun doute qu'elle est en terrain favorable : chacun présent dans la pièce semble ravi de pouvoir assister à l'échange qui débute.
Une définition sociologique et politique
« Je pense que dès lors qu'il y a injustice, quand on est une responsable politique de gauche radicale, il y a un objet politique dont il faut se saisir », souligne Clémence Guetté lorsqu'on la questionne sur son choix de thème singulier. Que ce soit dans ses prises de paroles ou lors de l'écriture de son livre, la députée insoumise issue de la sociologie et des sciences politiques ne manque pas de faire de nombreuses références à des auteurs autant classiques que contemporains.
Clara Luciani, Cicéron, Virginia Woolf, Michel de Montaigne : la bibliographie invoquée par la députée est plus que variée. Certains noms plutôt inattendus au sein d'un essai politique déclenchent des rires dans la salle. Malgré une ambiance plutôt légère, le sujet, lui, est sérieux. Dans son livre comme dans ses revendications, Clémence Guetté se réapproprie le terme d'amitié, dont la définition est souvent très personnelle, et le présente comme un enjeu réellement politique. « Pour moi, l'amitié est une forme de continuum amoureux. Je pense que c'est une forme d'amour, et que la hiérarchisation qui est faite avec l'amour romantique aujourd'hui dans notre société n'est pas nécessairement très pertinente », détaille-t-elle.

Dans son premier ouvrage, Clémence Guetté redéfinit l'amitié à partir de notions sociologiques et politiques. Photo Salomé Cadon
La co-présidente de l'institut La Boétie garde tout de même un regard politique sur sa thématique, considérant l'amitié comme une notion à la fois défensive pour « celles et ceux qui sont les plus menacés par le système néolibéral », mais aussi une notion « éminemment politique et anticapitaliste : c'est un lien qui est souple, qui est gratuit, qui peut échapper à la sphère marchande ».
L'amitié comme sujet législatif
Accès aux congés lors du deuil d'un ami, PACS amical, création de congés pour les soutiens aux familles monoparentales,... le travail effectué par la députée insoumise aboutit à plusieurs propositions législatives. Clémence Guetté et plus largement LFI ne se cachent pas d'user de cette définition politique comme vitrine du modèle de société auquel ils aspirent. « Six enfants sur dix naissent hors mariage. Les femmes ont le droit de faire des enfants seules. Et un quart des familles sont monoparentales. Au milieu de ces nouvelles façons de vivre, je constate que les amis occupent une place toujours plus prépondérante dans nos vies », déclarait la politicienne dans un entretien accordé le 28 août 2026 à l'Humanité. Elle y déplore aussi une injustice qui frappe celles et ceux ne suivant pas « un modèle traditionnel qui s'érode ».
Pourtant, certaines propositions de Clémence Guetté semblent en contradiction avec le programme de LFI pour l'élection présidentielle de 2027. Lors des questions-réponses de cette rencontre, un homme d'une vingtaine d'années, se présentant comme militant insoumis à Strasbourg, l'interroge sur son projet d'inclure les amis aux héritiers potentiels. Cela induirait la création d'une niche fiscale, contredisant les politiques affichées par LFI sur l'héritage et les normes fiscales. Face à ces points de friction, la députée reconnaît volontiers de potentielles discordances : « C'est une forme d'ouverture de droit, mais ça revient en effet à étendre une forme de niche fiscale. Il y a une limite à ce livre, ces mesures vont avec une révolution fiscale, avec le fait de repenser complètement des politiques urbaines et sociales. »
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Après quelques questions reprenant des points précis du discours de la députée insoumise, le public s'aligne dans l'attente d'une dédicace de la députée hissée au rang de star par les militants. Des discussions fleurissent, souvent impatientes. Une militante insoumise strasbourgeoise se confie à Florian Kobryn, conseiller municipal et ancien candidat LFI à la mairie de Strasbourg : « Je suis super stressée de la rencontrer, je répète dans ma tête ce que je vais lui dire ! » Le public finit par sortir petit à petit de la libraire, un livre à la main et un sourire sur le visage.
Salomé Cadon
Edité par Ella Peyron