Lutte contre le vol, le recel, la disparition des deux roues... Depuis 2021, le marquage des vélos neufs est devenu obligatoire en France.
Le bruit tambourinant de la machine à graver ne s'arrête pas depuis ce matin devant l'hôtel de police de Strasbourg. Fabien Masson, salarié de l'association de vélo CADR 67 s'applique méthodiquement à poinçonner les deux roues qui défilent devant le stand. Objectif pour les visiteurs : repartir avec un matricule gravé à vie sur le cadre de leur vélo.
"Le but c'est de décourager les voleurs", lance Fabien Masson en collant soigneusement une étiquette de protection par-dessus un numéro gravé. En 2025, 2322 plaintes pour vol de vélo ont été déposées à Strasbourg. Une infraction courante, souvent minutieusement orchestrée par les malfaiteurs. "Avec une meuleuse portative, un antivol est fracturé en cinq secondes. Mais devant un vélo marqué, les voleurs vont passer leur chemin", témoigne un officier de police présent sur le stand.
"On a des plaintes presque tous les jours"
Depuis 2016, les forces de l'ordre assistant l'association CADR 67 dans cette opération de marquage. Une aubaine pour mettre en lumière leur travail dans la lutte contre le vol de vélo, infraction condamnée à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. "On a des plaintes presque tous les jours. Des gens viennent nous voir pour nous dire qu'ils ont vu leur vélo sur Leboncoin. Dans ces cas-là, une patrouille peut les accompagner pour le récupérer", détaille un jeune réserviste de la police.
Un étrange clavier est relié à la machine à graver par un épais câble orange. Cet engin, Fabien Masson le connaît par coeur. Il permet au poiçonneur de graver automatiquement le matricule une fois le numéro entré dans la machine. Chaque année, son association répète ce geste pour près de 2000 vélos bas-rhinois. "Sans marquage, on ne pourrait pas retrouver un vélo volé, ni le restituer à son propriétaire", affirme-t-il.

En 2025, 2322 plaintes pour vol de vélo ont été déposées à Strasbourg. Colin Berson
Depuis 2021, tout deux roues neuf doit être gravé d'un matricule. L'identité de chacun d'eux est répertoriée sur le Fichier National Unique des Cycles Identifiés (FNUCI). Un outil qui permet de connaître les propriétaires et de remonter jusqu'aux receleurs. "Sur un simple contrôle on peut vérifier le numéro de série. Si les identités ne correspondent pas et qu'on soupçonne un vol, on procède à une interpellation", raconte l'officier de police.
Une opération encore en débat
Devant la tonnelle du stand, les usagers attendent leur tour. La plupart sont satisfaits de l'opération à l'image d'Edith, 64 ans, venue avec son VTT vert flambant neuf : "Mon vélo coûte 5000 euros à l'achat. C'est très rassurant de savoir que le marquage existe." À quelques mètres, Jean, retraité strasbourgeois passionné de vélo est du même avis : "Ils devraient faire ça une fois par mois."
L'opération fait des heureux à Strasbourg. Pourtant, l'utilité du marquage ne fait pas l'unanimité. Selon Fabien Masson, parmi les 250 associations qui proposent ce service en France, certaines n'immatriculent pas efficacement les vélos. "90% des deux roues sont identifiés par une simple étiquette collée qui s'efface ou s'arrache avec le temps. Aujourd'hui, la majorité des vélos sont de seconde main. Résultat des courses : les gens ne savent même pas que leur vélo est identifié."
Colin Berson