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08/02/13
18:01

Plus de faucille ni marteau : "Le PCF a cédé devant les sirènes de la communication politique"

© Capture d'ecran pcfcapcorse.over-blog.com

La direction du Parti communiste français (PCF) a décidé de supprimer les symboles de la faucille et du marteau des cartes des adhérents. Cette décision suscite un certain émoi chez les militants.

Incompréhension. La faucille et le marteau, symboles du communisme, ont disparu des cartes d'adhérent au Parti communiste français (PCF), a révélé France Info, vendredi. Ils ont été remplacés par le sigle du parti de la gauche européenne - dont est membre le PCF. A l'ouverture du 36e congrès à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), jeudi, de nombreux militants avaient déjà fait part de leur mécontentement et de leur inquiétude. "C’est un sigle qui a existé, qui continue d’être utilisé ici et là dans les manifestations, a réagi Pierre Laurent, secrétaire général du PCF, sur LCI. Mais qui ne résume pas ce que nous sommes aujourd’hui. Moi je parle aujourd’hui de communisme de nouvelle génération."

Pour Stéphane Courtois, historien du communisme, directeur de Recherche au CNRS, cette décision constitue un tournant majeur dans l'histoire du PCF.

La disparition de la faucille et du marteau sur les cartes des militants communistes vous surprend-elle ?

Je suis très étonné de cette décision. Je pensais qu'il ne se passerait rien lors de ce congrès, j'avais tort. C'est un symbole très puissant de l'histoire du Parti communiste qui s'en va. La faucille et le marteau sont nés en 1918, dans la Russie bolchévique et ont été repris à partir de 1921 par les différents partis communistes européens. Il est l'un des emblèmes traditionnels du communisme au même titre que le drapeau rouge ou l'étoile rouge – qui a une très forte connotation soviétique. C'est le marqueur de la lutte des classes, avec les ouvriers et les paysans d'un côté, les capitalistes de l'autre. C'est aussi le symbole auquel se sont opposés les nazis avec la croix gammée. Il incarne une mémoire tragique et historique. Avec cette décision, c'est donc un petit peu l'histoire qui s'en va.

Cette décision marque-t-elle véritablement une rupture dans l'histoire du PCF ?

Oui, cela n'a rien d'anecdotique. Je me souviens d'une discussion en 1994 avec Robert Hue, qui était alors candidat à l'élection présidentielle. Je lui avais demandé si le mot communiste avait encore un sens. Il s'était révolté et m'avait dit que le nom "Parti communiste" et ses symboles étaient sacrés et que ce mouvement resterait révolutionnaire. Ce n'est plus tout à fait le cas. Si Maurice Thorez, Jacques Duclos ou Benoît Frachon voyaient ça, ils se retourneraient dans leur tombe.

Cela fait pourtant plusieurs années que certains candidats communistes aux élections ne font plus figurer la faucille et le marteau sur leurs affiches de campagne.

Oui, depuis environ 20 ans, c'est le cas. Par exemple, Patrick Braouzec (député de Seine-Saint-Denis, ndlr) a été l'un des premiers à le faire. Mais la différence, avec les cartes des militants, est que la décision émane de la direction du PCF. Ce n'est pas du tout la même chose. Ce changement engage tous les communistes. Le PCF a cédé devant les sirènes de la communication politique.

Plusieurs militants voient dans cette décision le signe que le PCF va devenir un mouvement social-démocrate.

Il faut bien cerner l'état désastreux dans lequel se trouve le parti. Selon un sondage de l'Ifop, publié le 6 février, 29 % des ouvriers déclarent que le PCF est utile pour les défendre contre 38 % qui affirment le contraire. Ce désaveu chez les ouvriers est révélateur de la crise que traverse le parti depuis plusieurs années. Les communistes doivent donc viser un nouvel électorat. Aujourd'hui, ils ne s'occupent plus beaucoup de la question ouvrière. Ils soutiennent des réformes, comme le mariage pour tous, qui ne font pas partie des priorités des ouvriers. Le PCF essaie par là de s'ouvrir à un autre électorat qui comprend notamment les classes moyennes. Et la faucille et le marteau sont des symboles qui peuvent un petit peu effrayer cet électorat-là. De ce point de vue, il n'est pas illogique de les comparer à des sociaux-démocrates.

Une autre crainte des militants est qu'avec cette disparition symbolique, leur parti perde son autonomie par rapport au Front de Gauche.

C'est difficile à dire. Je ne sais pas si cela va profiter au Front de Gauche. A mon sens, les gens trouvent surtout qu'il y a comme un brouillage de l'image du parti. Plus généralement, et c'est le cas depuis quelques années, on assiste à un clivage entre les  partisans de l'orthodoxie et ceux qui veulent faire évoluer le parti en abandonnant les symboles historiques.  Qu'y a-t-il de commun, par exemple, entre Alain Bocquet (député Front de gauche du Nord, ndlr) et le porte-parole du PCF, Olivier Dartignolles ? Il n'est pas fou de penser que cette histoire de la faucille et du marteau pourrait conduire à une scission à l'intérieur du parti, comme on a pu le voir en Italie, en 1991.

 

Propos recueillis par Antoine Izambard

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