Avec plus de 2 millions de lignes sur nos fichiers Excel, nous avons plongé au plus profond des résultats des élections municipales de mars 2026 pour produire graphiques, articles, podcasts et vidéos. Depuis la commune de Caubous en Haute-Garonne et ses quatre habitants, jusqu’aux histoires de familles au fin fond de la Réunion, en passant par les Vosges et l’Auvergne, on vous raconte les premières heures du nouveau mandat et les dynamiques qu’il révèle.
© Gaïa Herbelin
Pour Dominique Georges, qui s’est engagé sur le tard à LO, ces campagnes servent aussi à « transmettre une fierté ouvrière » et à créer de la solidarité parmi les travailleuses et travailleurs. Né dans une « famille d’ouvriers aimants, c’est toujours mieux que bourgeois et cons comme un manche », il a connu pléthore de boulots et un passage par la rue, toujours « révolté contre l’exploitation ». En agitant ses mains usées et bardées de tatouages, il affirme sa fierté de voter pour « la Lutte ouvrière », le seul parti dans lequel il se reconnaisse.
Vieillissement des élus, mandats surchargés, manque de relève : en France, 68 communes ont échoué à constituer des listes aux municipales. Le phénomène n’était pas absent des scrutins précédents, mais il révèle les difficultés croissantes de la démocratie locale dans les petites communes.
© Arthur Besnard
Sur les près de 35 000 communes françaises, 243 avaient la possibilité de glisser un bulletin LO : un nombre de listes à peine inférieur à celui de La France Insoumise. Une assiduité remarquable au sein de la « galaxie trotskiste » selon Georges Ubbiali, sociologue émérite de l’Université de Bourgogne, spécialisé dans la gauche révolutionnaire. « Lutte ouvrière ne manque aucune élection : présidentielle, législatives, régionales, municipales... Ils ont même participé à des sénatoriales », rappelle le chercheur, qui relève les départementales comme unique exception à leur omniprésence.
« Si on n’est pas là, il n’y a plus personne ! »
Dans certaines communes, la liste de LO est la seule à gauche. C’était le cas à Fourmies (11 000 habitants), dans le Nord, où le parti place cette année un conseiller en rassemblant 13 % des voix. Pour les militants de Frouard, ce paysage politique est d’autant plus désolant que la commune en question a accueilli la première commémoration française du 1er-mai – réprimée dans le sang – en 1891. Les communistes y ont longtemps tenu la mairie, mais en 2026, pas une seule liste ne se revendique du parti à l’étoile. « Là-bas, les ouvriers se sont fait tirer dessus [lors de la fusillade de Fourmies en 1891, ndlr]. Si on n’est pas là, il n’y a plus personne ! », déplore Pierre Nordemann, 43 ans, candidat LO à Vandoeuvre-lès-Nancy, à une quinzaine de kilomètres de Frouard.
Ni le petit nombre d’élus, ni les petits scores ne découragent la présence du « camp des travailleurs » aux élections. « Nous, on veut que les gens puissent mettre un bulletin communiste qui veut changer ce monde, explique Pierre Nordemann, même si on sait qu’on est à contre-courant et minoritaires. Si on milite pas, on crève. » Tout en participant aux élections, Lutte ouvrière ne se dit pas dupe du modèle électoral, qui ne leur permettra pas de remettre en question le modèle capitaliste. Rien de paradoxal pour le candidat vandopérien : « On ne croit pas aux élections bourgeoises, mais on y participe quand-même, tout en connaissant les limites ». Il poursuit son raisonnement : « On ne croit pas au capitalisme, mais pourtant on doit bien bosser pour lui ! »
Gaïa Herbelin
Édité par Mahault De Fontainieu