Des fortunes diverses dans les urnes pour les régionalistes
© Axel Guillou
En France, contrairement à des pays voisins comme l’Espagne ou le Royaume-Uni, les partis régionalistes, autonomistes, voire indépendantistes, ont un poids électoral relativement faible. Une exception qui trouve ses origines dans l’histoire du pays. Promue par le régime de Vichy, et certains nationalistes ayant collaboré avec l’occupant, l’idée régionaliste a été durablement discréditée après la Libération, ce qui a renforcé la méfiance de l’État, déjà très centralisateur, envers les revendications régionales.
À cela s’ajoutent des obstacles institutionnels, comme les découpages administratifs qui ne correspondent pas toujours aux territoires culturels : le Pays basque intégré dans les Pyrénées-Atlantiques, la Bretagne historique divisée en deux régions ou l’Alsace rattachée dans l’ensemble Grand Est.
55 % des Français restent favorables à un statut d’autonomie régionale, selon un sondage Ipsos paru en 2025. Un pourcentage qui augmente dans différentes « régions à forte identité culturelle » : Alsace-Moselle (82 %), Savoie (56 %), Bretagne (63 %), Corse (78 %), Pays basque Nord (60 %) et Catalogne Nord (Pyrénées-Orientales, 67 %).
Axel Guillou
Édité par Quentin Baraja
Ma région, oui. Mon vote ? Pas forcément…
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En Bretagne, au contraire, on peut voir que les mouvements autonomistes ne récoltent pas le soutien populaire dans les urnes. Ici, c’est dû, toujours selon Romain Pasquier, à une progressive dilution des mouvements régionalistes dans des alliances avec des partis nationaux.
L’Union démocratique bretonne (UDB), principale organisation partisane régionaliste, avait par le jeu des alliances avec le Parti socialiste et le Parti communiste obtenu plus de 80 conseillers municipaux aux élections de 1986, avant de connaître un fort déclin à partir de la fin des années 80. « Le vote des lois de décentralisation par ses alliés de gauche, ainsi que des dissensions internes, l’ont affaibli électoralement », explique le chercheur à Sciences Po Rennes. Résultat ? Aujourd’hui, l’UDB n’est plus un acteur majeur de la politique locale : avant mars 2026, elle avait quatre mairies. Elle n’en n’a eu que deux le mois dernier – Plounéour-Menez et Montreuil-le-Gast – sur les 1 208 que compte la région. D’ailleurs, l’UDB n’était plus reconnue comme « régionaliste » par l’État lors du scrutin.
La grille officielle pour qualifier une liste de « régionaliste » s'appuie sur un faisceau d’indices : la revendication du régionalisme, autonomisme ou nationalisme, le programme politique, les alliances ou le parcours de la tête de liste… Ce qui peut apparaître comme un « fourre-tout » pour des listes difficilement positionnables sur le spectre politique national.
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La concurrence des partis nationaux limite aussi l’espace politique des régionalistes, car ils ont progressivement intégré dans leurs programmes des thèmes comme la décentralisation ou la valorisation des identités locales. Lors des élections législatives de 2024, le candidat du parti basque EH Bai, régionaliste assumé, a par exemple été élu à l’Assemblée sous l’étiquette « Union de la gauche », après avoir rejoint le Nouveau Front Populaire.
Un succès inégal selon les régions
Pour la France hexagonale, c’est en Corse que, plus qu’ailleurs, le scrutin a réaffirmé le rôle central des régionalistes et autonomistes. Ils ont présenté des listes dans cinq des six plus grandes villes de l’île de Beauté. Un investissement payant : à Bastia (46 000 habitants), Gilles Simeoni du parti Femu a Corsica (« Faisons la Corse ») l’a emporté au second tour. À Porto-Vecchio (11 200 habitants), Jean-Christophe Angelini a été élu dès le premier tour. Les mairies de Biguglia et de Prunelli-di-Fiumorbo, en Haute-Corse, ont également été décrochées.
« La Corse, c’est une exception, assure Romain Pasquier, politiste et directeur de recherche au CNRS. En effet, il y a un système clanique toujours assez présent. C’est pourquoi la composante ethno-régionaliste est ancrée dans le système politique local. » Le régionalisme corse défend depuis longtemps une plus grande autonomie pour l’île par rapport à la France continentale ; comme un symbole, lors de son intronisation, le nouveau maire de Bastia Gilles Simeoni a retiré son écharpe tricolore juste après l’avoir reçue.
Dans le Pays basque français, la partie sud-ouest des Pyrénées-Atlantiques, sur 12 listes envoyées dans 10 municipalités, les régionalistes ont enlevé cinq villes, toutes de plus de 5 000 habitants : Saint-Pée-sur-Nivelle, Cambo-les-Bains, Ciboure, Ustaritz et Saint-Pierre d’Irube.