108 573, c’est le nombre de voix qu'ont obtenu les 52 listes régionalistes identifiées par l’État au premier tour des dernières élections municipales. C’est 0,39 % du total de votants en France, mais c’est aussi une forte hausse par rapport au scrutin précédent. En 2020, ces mouvements avaient totalisé 66 918 voix au premier tour.
Les voilà à la tête de 14 mairies avec 530 conseillers municipaux au total (contre 191 en 2020). C’est dans les territoires d’outre-mer qu’ils font leurs plus gros scores en termes de suffrages exprimés. Des dizaines de milliers d’électeurs leur accordent leur confiance aux Antilles (5 262 en Guadeloupe et 23 679 en Martinique) ainsi qu’en Nouvelle-Calédonie (28 253). C’est aussi dans ces territoires que les régionalistes étaient les plus représentés au premier tour, avec 33 listes en tout.
Elles y défendent des revendications diverses. Aux Antilles, ces mouvements demandent surtout une plus grande autonomie au sein de la République, par exemple pour gérer localement l’économie ou l’éducation. En Nouvelle-Calédonie, d’autres revendiquent l’indépendance totale, comme l’Union nationale pour l’indépendance (UNI), qui a remporté la mairie de Poindimié (4 600 habitants) avec 35,7 %, ou le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) qui a notamment emporté la mairie de Houaïlou au second tour (59,3 %).
Un succès inégal selon les régions
Les régionalistes ultramarins insistent aussi sur la valorisation des langues et cultures locales, comme les créoles ou les langues kanak, ainsi que sur une meilleure prise en compte de l’histoire locale, notamment celle de l’esclavage et de la colonisation. Leur succès électoral plus important que les listes régionalistes en France hexagonale s’explique surtout par des circonstances historiques, des identités locales plus affirmées et des difficultés économiques plus visibles, comme la dépendance vis-à-vis de l’Hexagone ou le coût élevé de la vie. En Guadeloupe, celle-ci est en moyenne 16% plus chère qu’en métropole.
Les candidats régionalistes aux élections municipales ont performé dans les territoires ultramarins, ainsi qu’en Corse et au Pays basque. Des résultats en hausse par rapport au précédent scrutin, malgré leurs difficultés à peser politiquement.
Marge de manoeuvre réduite
Les tentatives d’explication vont donc bon train depuis les élections, mais ne changent rien pour les perdantes et les perdants. Une partie d’entre elles et eux siège malgré tout dans l’opposition des conseils municipaux, mais leur marge de manœuvre est fortement réduite. À Poitiers, les élus écologistes ne sont plus que sept sur 53, contre 38 auparavant. À Colombes, les écologistes ont également subi une défaite notable : ils perdent 36 de leurs élus, ne conservant que cinq sièges sur 53 au conseil municipal. À Bordeaux, ils sont 16 sur 65, au lieu de 48, et à Strasbourg, la débâcle est plus cuisante encore avec six conseillères et conseillers sur 65, au lieu de 47. Ces nouveaux groupes d’opposition doivent maintenant composer avec une majorité qui leur a été hostile lors du dernier mandat.
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Dans la capitale alsacienne, la nouvelle maire, Catherine Trautmann (PS), s’est dit prête à « un mandat d’apaisement » lors du conseil d’installation, après avoir tenu une posture virulente au sein de l’opposition ces six dernières années. Les écologistes strasbourgeois trouveront-ils des projets en commun à défendre avec les socialistes, qui constituent des alliés ailleurs en France ? « Cela dépendra de si [Catherine Trautmann] a la main tendue, et si elle préfère travailler dans un esprit de revanche, ou dans un esprit de travail », confie Syamak Agha Babaei, ancien premier adjoint de Jeanne Barseghian, quelques jours après la déconfiture.
Lucie Porquet
Édité par Augustin Brillatz
© Lucie Porquet
Si les écologistes avaient créé la surprise avec la « vague verte » des dernières municipales, ce revirement n’en est que plus frappant. Les alliances conclues au second tour avec d’autres listes de gauche n’ont souvent pas réussi à réunir suffisamment d’électeurs. Ces derniers ont de nouvelles priorités, davantage centrées autour de la sécurité que de l’écologie. Certains se disent aussi en quête d’un renouveau, et déçus du mandat écoulé : la décision de la maire de Strasbourg de rendre le stationnement payant, par exemple, a fortement déplu à un certain nombre d’électeurs, et a été l’un des arguments de l’opposition pour discréditer Jeanne Barseghian.
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Du côté d’Orange (Vaucluse), ce sont les Bompard qui se succèdent à l’hôtel de ville… et au tribunal. Élu en 1995 avec l’étiquette Front national, réélu à quatre reprises, Jacques Bompard a dû quitter la mairie en 2021 après avoir été condamné à cinq ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts. Son fils Yann prend alors la succession. Preuve qu’on échappe rarement à son milieu : lui aussi a été condamné à cinq ans d’inéligibilité – pour emploi fictif cette fois-ci – le forçant à démissionner, début 2026. C’est donc le patriarche qui a fait son come-back. Sans succès.
Augustin Brillatz
Édité par Zoé Fraslin
© Lucie Porquet
© Augustin Brillatz
Rétablir l’éclairage public la nuit, c’est l’une des premières mesures que veut prendre Thomas Cazenave, le nouveau maire de Bordeaux. La décision de plonger la ville dans le noir datait de Pierre Hurmic, l’ancien maire écologiste, qui, face à la résistance de l’opposition, avait fini par décaler l’heure d’extinction des feux à 2h30 au lieu d’1h. Même chose à Besançon, où le nouveau maire Ludovic Fagaut a déjà rallumé la citadelle la nuit. À Strasbourg, Catherine Trautmann, fraîchement élue, promet de délibérer dès le premier conseil municipal sur la réduction des prix du stationnement, qui avaient été augmentés par sa prédécesseuse écologiste, Jeanne Barseghian.
Ces reculs sur les mesures des anciennes équipes écologistes sont la suite logique du scrutin municipal du 22 mars. Sur les neuf grandes villes gagnées en 2020, seulement trois pavoisent encore en vert. Tantôt c’est Renaissance qui s’est installé, à Bordeaux et à Annecy, tantôt ce sont Les Républicains (LR), à Colombes et à Besançon. La commune de Fagnières, elle, est la première de la Marne à basculer au Rassemblement national (RN). À Strasbourg, la liste du Parti socialiste (PS), menée par Catherine Trautmann, a repris la mairie après une alliance controversée avec le candidat Horizons. Les listes écologistes gagnent malgré tout quelques villes moyennes, comme Bagnolet et Villepinte, et se maintiennent à Grenoble, Tours ainsi que Lyon. Mais la métropole lyonnaise, elle, passe aux mains de LR.