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Avec plus de 2 millions de lignes sur nos fichiers Excel, nous avons plongé au plus profond des résultats des élections municipales de mars 2026 pour produire graphiques, articles, podcasts et vidéos. Depuis la commune de Caubous en Haute-Garonne et ses quatre habitants, jusqu’aux histoires de familles au fin fond de la Réunion, en passant par les Vosges et l’Auvergne, on vous raconte les premières heures du nouveau mandat et les dynamiques qu’il révèle.

© Gaïa Herbelin

Pour Dominique Georges, qui s’est engagé sur le tard à LO, ces campagnes servent aussi à « transmettre une fierté ouvrière » et à créer de la solidarité parmi les travailleuses et travailleurs. Né dans une « famille d’ouvriers aimants, c’est toujours mieux que bourgeois et cons comme un manche », il a connu pléthore de boulots et un passage par la rue, toujours « révolté contre l’exploitation ». En agitant ses mains usées et bardées de tatouages, il affirme sa fierté de voter pour « la Lutte ouvrière », le seul parti dans lequel il se reconnaisse.

Vieillissement des élus, mandats surchargés, manque de relève : en France, 68 communes ont échoué à constituer des listes aux municipales. Le phénomène n’était pas absent des scrutins précédents, mais il révèle les difficultés croissantes de la démocratie locale dans les petites communes.

 

© Arthur Besnard

L’ancien maire de Rothau, Marc Sheer, lors d’une de ses dernières sorties avant la fin de son mandat, le 27 janvier 2026. © Document remis 

Sur les près de 35 000 communes françaises, 243 avaient la possibilité de glisser un bulletin LO : un nombre de listes à peine inférieur à celui de La France Insoumise. Une assiduité remarquable au sein de la « galaxie trotskiste » selon Georges Ubbiali, sociologue émérite de l’Université de Bourgogne, spécialisé dans la gauche révolutionnaire. « Lutte ouvrière ne manque aucune élection : présidentielle, législatives, régionales, municipales... Ils ont même participé à des sénatoriales », rappelle le chercheur, qui relève les départementales comme unique exception à leur omniprésence.

« Si on n’est pas là, il n’y a plus personne ! »

Dans certaines communes, la liste de LO est la seule à gauche. C’était le cas à Fourmies (11 000 habitants), dans le Nord, où le parti place cette année un conseiller en rassemblant 13 % des voix. Pour les militants de Frouard, ce paysage politique est d’autant plus désolant que la commune en question a accueilli la première commémoration française du 1er-mai – réprimée dans le sang – en 1891. Les communistes y ont longtemps tenu la mairie, mais en 2026, pas une seule liste ne se revendique du parti à l’étoile. « Là-bas, les ouvriers se sont fait tirer dessus [lors de la fusillade de Fourmies en 1891, ndlr]. Si on n’est pas là, il n’y a plus personne ! », déplore Pierre Nordemann, 43 ans, candidat LO à Vandoeuvre-lès-Nancy, à une quinzaine de kilomètres de Frouard.

Ni le petit nombre d’élus, ni les petits scores ne découragent la présence du « camp des travailleurs » aux élections. « Nous, on veut que les gens puissent mettre un bulletin communiste qui veut changer ce monde, explique Pierre Nordemann, même si on sait qu’on est à contre-courant et minoritaires. Si on milite pas, on crève. » Tout en participant aux élections, Lutte ouvrière ne se dit pas dupe du modèle électoral, qui ne leur permettra pas de remettre en question le modèle capitaliste. Rien de paradoxal pour le candidat vandopérien : « On ne croit pas aux élections bourgeoises, mais on y participe quand-même, tout en connaissant les limites ».  Il poursuit son raisonnement : « On ne croit pas au capitalisme, mais pourtant on doit bien bosser pour lui ! »

Gaïa Herbelin

Édité par Mahault De Fontainieu

© Carol Burel et Anouk Seveno 

Les atteintes à la probité représentent à elles seules près de la moitié des faits reprochés : détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêts, favoritisme, trafic d’influence, corruption ou encore concussion. Cette dernière infraction, peu connue, s’applique à un agent public et désigne le fait de percevoir des sommes qui ne lui sont pas dues, ou à l’inverse de ne pas percevoir des sommes qui lui seraient dues. Derrière, viennent les atteintes à l’honneur, comme la diffamation ou les injures publiques, avec 13 affaires, puis l’escroquerie et la fraude avec six cas, notamment pour emplois fictifs. 

36 % des plaintes aboutissent à une condamnation

Ces affaires sont toujours à prendre avec du recul, puisque des plaintes peuvent être déposées par des élus d’opposition, en particulier dans les cas d’injures publiques et de diffamation. C'est le cas pour les procédures visant Aly Diouara (LFI) à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) ou Régis Juanico (PS) à Saint-Étienne (Loire). Elles peuvent donc servir d’armes politiques, bien que cela ne donne pas d'indication sur la véracité des faits reprochés. Difficile, dans ces conditions, de distinguer immédiatement les affaires fondées des procédures opportunistes. La Société mutuelle d’assurance des collectivités locales le rappelle : seules 36 % des plaintes visant des élus territoriaux aboutissent à une condamnation. 

Pourtant, plusieurs propositions de loi récentes ont tenté d’affaiblir les textes législatifs pour rendre la condamnation des maires plus difficile ou moins impactante. En décembre 2025, un texte consacrant la création d’un « statut d’élu local » a été adopté. Il assouplit notamment les critères qui définissent la prise illégale d’intérêt et exclut la possibilité de condamnation pour des conflits d’intérêts « public-public ». Ainsi, un maire qui siègerait aussi au conseil départemental ne pourrait plus être poursuivi s’il prenait des décisions pour sa commune avec son mandat départemental. Cette nouvelle loi souhaite « sécuriser le parcours des élus » selon la sénatrice Françoise Gatel qui portait la proposition. Mais ces efforts pour fragiliser la loi n'affaiblissent pas un principe plus général, rappelé par le code général des collectivités territoriales : « L'élu local exerce ses fonctions avec impartialité, diligence, dignité, probité et intégrité. »

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