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Bang Na, la Mega City qui plaît à l’international 

En chemises bleu pâle et jupes noires, des élèves de l’école internationale voisine profitent des allées climatisées pour siroter une boisson fraîche en déambulant devant les vitrines. Bienvenue à Mega Bangna, ce centre commercial d’une surface équivalente à 55 terrains de football, situé dans le Sud-Est de la capitale. Des vêtements de luxe au mobilier, en passant par les voitures, les jouets et les équipements de muay thaï, cette boxe devenue art martial national, tout peut être acheté sur place (y compris des bretzels, bien loin de notre belle Alsace).

Tout autour du centre commercial ont fleuri condominiums, maisons luxueuses et écoles internationales, dans un projet sobrement intitulé Mega City. Aujourd’hui, Bang Na représente une nouvelle frontière commerciale, destinée à attirer Thaïs et étrangers, pourvu qu’ils viennent consommer.

Siam, le centre économique au coeur vert

Il fait 35 degrés et les rayons du soleil transpercent le nuage opalin qui se dégage de la ville. Au 40e étage, sur le rooftop de Donut, notre collègue thaïlandaise, dans le quartier de Ari, la vue est imprenable. Le tissu dense des petits immeubles est transpercé de hautes tours d’habitation, qu’on appelle ici condominium. Ces blocs d'une trentaine d'étages pullulent chaque année, redessinant sans cesse la silhouette de cette capitale en pleine expansion. Leur construction suit le tracé du Bangkok Mass Transit System (BTS), les lignes de métro aérien. Nous empruntons la verte pour gagner le cœur économique de la ville : Siam.

À la sortie de la rame surclimatisée s’amorce un dédale de centres commerciaux de luxe. Les cols blancs des open spaces se mélangent à la foule de touristes et de jeunes venus faire des emplettes. Des buildings qui s'élancent vers le ciel et au centre, un immense espace vert, le Lumpini Park. Inauguré en 1925 par le roi Rama VI, il était à l’origine un parc des expositions, pensé pour être la vitrine de la modernité du pays.
Dans la journée, les gens viennent profiter d'un peu de fraîcheur sous les arbres et côtoient les près de 400 varans aquatiques qui y habitent. Ces lézards d’eau douce, impressionnant par leur taille, cohabitent paisiblement avec les flâneurs. Sauf pour deux d’entre eux qui, après s’être toisés pendant quelques minutes, commencent un corps à corps musclé avant de tomber dans le lac. En fin d'après-midi, à la sortie des open spaces, des flopées de joggeurs en tenue technique arpentent, tous dans le même sens, le circuit le long des clôtures.

Entre gratte-ciel, marchés populaires, mégaprojets et rues bouillonnantes, Bangkok se réinvente sans cesse. Une métropole imprévisible où modernité, tourisme et fractures sociales cohabitent au quotidien. Nos journalistes vous racontent leur exploration.

Le gouvernement a réduit la durée de séjour sans visa dans le pays. Pourquoi ? 

Jusqu’à il y a peu, 93 pays (dont la France) bénéficiaient d’une exemption de visa pour tout séjour touristique de moins de soixante jours. Celle-ci sera remplacée par une exemption de trente jours seulement. Pour pouvoir continuer à profiter des plages, des pad thaïs et du mango sticky rice, il faudra donc faire une demande de visa auprès de l’Immigration thaïlandaise. D’après le ministère du Tourisme, le régime des soixante jours, permettant des séjours longs sur le territoire sans contrôle, favorise notamment certaines activités illicites, notamment du travail illégal. Le système aurait aussi été utilisé par des réseaux criminels (prostitution, trafic de drogues, centre d’arnaques en ligne…) pour circuler librement dans le pays. 

La Thaïlande en a-t-elle ras-le-bol des touristes ? 

Face aux incivilités et infractions des touristes festifs, les Thaïlandais tapent du poing sur la table. Après une vague d’incidents ces dernières années, le gouvernement du royaume a annoncé resserrer la vis face aux comportements jugés « contraires aux valeurs thaïlandaises » 

Depuis plusieurs semaines, les exemples de visas résiliés suite à de mauvais comportements se multiplient. Début mai, un couple de Français a été renvoyé du pays pour une « conduite sexuelle indécente » dans un tuk-tuk à Phuket, et un touriste s’est vu refuser l’entrée pour avoir mis un coup de pied dans une porte du service de l’immigration à l’aéroport de Bangkok, en mai. Le Premier ministre a annoncé vouloir appliquer strictement la loi en cas de comportements inappropriés de la part de touristes. 

La Thaïlande attire-t-elle toujours autant ces dernières années ? 

La Thaïlande fait rêver les touristes du monde entier depuis des années, ce qui a permis au pays de truster le top 10 des pays les plus visités au monde à partir de 2013, avec un pic à 40 millions de visiteurs en 2019. Mais là, patatras ! Le Covid-19 est arrivé, et avec lui la paralysie du tourisme à l'échelle mondiale. 

Depuis, le nombre d’entrées de touristes internationaux dans le royaume peine à retrouver ses niveaux d'antan. La raison principale ? La baisse du tourisme en provenance de la Chine (11 millions de visiteurs en 2019), due au ralentissement économique de l’empire du Milieu, mais aussi à des inquiétudes croissantes des Chinois quant à la sécurité en Thaïlande. La faute à certaines affaires très médiatisées. Ceux-ci craignent notamment d’être forcés à travailler dans les centres d’arnaques en ligne qui sont éparpillés le long des frontières thaïlandaises. Attirés par la perspective d’un voyage organisé en Thaïlande, des milliers de citoyens chinois auraient été enrôlés de force pour travailler dans ces centres, d’après un rapport des Nations unies.  Le pays subit aussi une concurrence de la part de ses voisins comme le Vietnam ou l’Indonésie, dont les prix au rabais attirent davantage de visiteurs. 

Y a-t-il plus de restrictions sur la consommation de cannabis ? 

« 5 joints achetés, un offert », « Achetez 3 grammes, obtenez-en 6 ». Sur la célèbre Khao San Road et ses alentours, les offres alléchantes pour acheter du cannabis se multiplient. Les effluves et les interpellations des vendeurs font flancher certains visiteurs. La réglementation sur l’achat et la consommation de drogue sont pourtant peu clairs et font courir des risques aux touristes tentés. 

En 2022, le pays a été l’un des premiers en Asie à dépénaliser la culture et la vente de THC (la substance active du cannabis). En 2025, le gouvernement a fait marche arrière. Désormais, une nuance existe entre la consommation à des fins récréatives (interdite par la loi) et l’usage médical (autorisé, mais encadré). Au vu du nombre de magasins de cannabis destinés aux touristes, la tolérance reste de mise. En principe, la consommation est strictement interdite sur la voie publique et peut entraîner des amendes importantes et des peines de prison pouvant aller jusqu’à trois mois. Régulièrement, le gouvernement multiplie les annonces sur un possible durcissement des restrictions, sans qu’elles soient suivies d’effets. 

Augustin Brillatz et Axel Guillou

Le tourisme est en baisse depuis plusieurs années. © Julia Reich

Depuis les années 1960, la Thaïlande mise sur le tourisme. Et ça marche : le secteur représente entre 10 et 15 % du PIB national, mais souffre aujourd’hui du surtourisme. Plages de sable fin, vie nocturne animée, plats typiques : le pays a de quoi séduire, et à des prix très abordables. Pourtant, depuis quelques années, le secteur est en crise. La hausse des cours des carburants liée à la guerre en Iran, qui fait grimper le tarif des billets d’avion, ne devrait pas arranger les choses. 

Concurrence régionale, hausse des prix, désamour des Chinois… Depuis la crise du Covid-19, le tourisme en Thaïlande est en berne. Au même moment, les autorités du pays tentent d’endiguer les incivilités de certains visiteurs.

En Thaïlande, incivilité et baisse des visiteurs perturbent le tourisme

26 mai 2026

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Pour l'ex-députée Paramee Waichongcharoen, c'est sur l’école, qui reflète encore les normes conservatrices de la société thaïlandaise, qu'il faut appuyer pour une meilleure prise en compte des droits LGBTQIA+. © Zoé Fraslin

En 2025, la Thaïlande devenait le premier pays d’Asie à légaliser le mariage homosexuel. Cette année, elle est en course pour accueillir la WorldPride 2030. Vu d’Occident, cette avancée peut sembler tardive pour un pays perçu comme un refuge pour les communautés queers. L'image est nourrie par l’imaginaire entourant les « Kathoey ». Ce concept séculaire en Asie du Sud-Est, présent dans les milieux ruraux comme urbains, englobe aussi bien les femmes transgenres, les hommes androgynes qu'un troisième genre à part entière. Mais entre visibilité et égalité, le fossé reste profond : le changement de genre à l’état civil demeure interdit et les discriminations persistent dans l’accès à l’éducation, aux soins ou à l’emploi. 
Jusqu’aux dernières législatives, Paramee Waichongcharoen siégeait au Parlement sous les couleurs du Parti du peuple. Ex-enseignante de 51 ans devenue conseillère du vice-ministre de l’Éducation, cette femme transgenre consacre aujourd’hui son combat aux droits de l’enfant et aux droits humains, avec une ambition : faire entrer une meilleure compréhension de la diversité des genres dans les écoles thaïlandaises.

À quoi ressemble l’enfance d’une femme transgenre en Thaïlande ?
Il y a une trentaine d’années, lorsque j’étais encore une jeune fille, la société thaïlandaise acceptait très difficilement les personnes LGBTQ+. Dans de nombreuses familles, cela provoque des pressions, parfois des violences. Chez moi, les choses se sont exprimées autrement. Ma famille considérait que ma « différence » pouvait être compensée par la réussite scolaire. Mon père insistait sans relâche pour que je sois une élève exemplaire, et je me suis appliquée à répondre à ses attentes. Après mon diplôme, les tensions liées à mon identité se sont atténuées et j’ai été mieux acceptée.
Avec le recul, je comprends que ce parcours n’a rien d’un modèle enviable pour les personnes queers. J’ai suivi toutes les règles que la société nous impose : exceller à l’école, réussir professionnellement, prendre soin de ses parents, correspondre aux standards de beauté. Comme si nous devions constamment prouver que nous sommes meilleures que les autres pour mériter le droit d’être acceptées. Cette exigence injuste révèle le regard biaisé que la société thaïlandaise porte encore sur les personnes LGBTQ+. Il faudrait être exceptionnel pour faire oublier ce que certains considèrent comme un « défaut ». Or, nous ne devrions pas avoir à compenser notre identité. C’est cette logique même qui est inacceptable.

Quelle place l’école thaïlandaise accorde-t-elle aux jeunes transgenres ?
L’école reflète encore les normes conservatrices de la société thaïlandaise. Aujourd’hui, les élèves transgenres peuvent parfois se maquiller ou porter les cheveux longs, mais ils restent obligés de porter l’uniforme correspondant à leur genre de naissance. Leur identité est donc seulement tolérée, jamais pleinement reconnue. C’est sur ces questions que je travaille actuellement avec le ministère de l’Éducation. Il est urgent de mettre fin au harcèlement et aux violences – qu’elles soient physiques, verbales ou sexuelles – dont sont victimes de nombreux élèves, quel que soit leur genre. 
Cela pourrait aussi passer par des cours sur le genre et la sexualité qui obligerait la société à réfléchir à des questions essentielles : qu’est-ce que le sexe assigné à la naissance ? Qu’est-ce que l’identité de genre ? Quels droits doivent être garantis à chacun ? Et surtout, comment traiter toutes les personnes de manière juste et équitable, quelle que soit leur identité ?

À lire aussi : Les cheveux, outil de protestation de la jeunesse thaïlandaise

Comment expliquer le contraste entre l’image de la Thaïlande comme « paradis queer » et la réalité vécue ?
En Thaïlande, le nombre de personnes LGBTQ+ et en particulier de personnes transgenres, peut laisser à penser aux Occidentaux que c’est un « paradis » pour les queers. Mais il s’agit de la partie émergée de l’iceberg.
Personnellement, j'entends encore des gens plaisanter en se demandant si j’utilise les toilettes des hommes ou celles des femmes. C'est impoli, je passe outre, mais je sais que je ne suis pas à plaindre. Pour les autres femmes trans, le principal problème réside dans la recherche d’un emploi et l’acceptation au travail, ainsi que dans la difficulté à progresser dans leur carrière. 
Il y a quelques mois au Parlement, nous avons voulu faire passer une loi pour permettre aux personnes transgenres de choisir leur titre de civilité, mais la majorité des députés ont voté contre. Je pense que la société thaïlandaise ne considère pas tout le monde comme égal. Et la communauté LGBTQ+ n’est pas la seule oppressée. 

Est-ce que vous voyez les choses changer ?
Pas avant de nombreuses années. La société thaïlandaise reste profondément marquée par une culture autoritaire et conservatrice, enracinée dans les mentalités à cause de la dictature. En Thaïlande, on entend souvent dire que les droits humains seraient une invention occidentale. Mais je crois que les droits humains ne sont ni occidentaux ni thaïlandais : ils sont universels. Ils relèvent avant tout de la dignité et de l’humanité de chacun. Il en va de même pour la démocratie. Elle ne devrait pas être perçue comme un modèle importé de l’Occident, mais comme un principe fondamental qui appartient à tous les humains. 

Zoé Fraslin

Phatsnicha Thudsuriyawong

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