Quand il nous accueille dans sa maison de Frouard, en Meurthe-et-Moselle, la tête de liste Lutte ouvrière (LO) Lucien Aubert se présente sans tergiverser : « Je suis né un premier mai, je suis communiste depuis ma naissance ! » À 71 ans, ce grand tranquille a travaillé une bonne partie de sa vie dans les aciéries de la commune voisine de Pompey, jusqu’à leur fermeture en 1986. Aujourd’hui, « il ne reste plus rien », raconte l’ancien ajusteur fraiseur derrière ses petites lunettes rondes. Ces cheminées, qui ont coulé les 7 000 tonnes d’acier de la tour Eiffel et employé 5 000 ouvriers à leur apogée, n’existent plus. À la place, une immense zone industrielle accueille désormais plus d’une centaine de petites entreprises : « Ils ont eu le terrain gratuit, mais nous, on n’a jamais eu d’augmentation », soupire Lucien.
Au détour d’un talus ou d’un bout de rail, Lucien raconte ses blocages ferroviaires, ses affrontements avec les gendarmes mobiles et les blessures de ses camarades, lui qui était de la plupart des grèves, dès 1968. En passant sous un pont, il ne rate pas l’occasion de rappeler que les vieux tags « LUTTEZ » ou « ÇA SUFFIT, RÉAGISSONS » sont de lui. Aujourd’hui adhérent de LO, c’est à l’époque pour le Parti communiste et surtout pour la CGT qu’il signait les murs. De ce passé de lutte où la région votait encore rouge, beaucoup de mairies ont disparu. Quant aux rares camarades de Pompey, beaucoup sont décédés prématurément : « On n’est plus que deux. Forcément, quand tu respires de l’amiante pendant huit heures par jour… »
Beaucoup de listes et peu d’élus
En 2026, c’est la troisième fois que Lucien prend la tête de liste pour Lutte ouvrière lors des municipales à Frouard, où il vit depuis l’âge de cinq ans. Avec 181 voix sur 2 300 au premier tour, impossible d’obtenir un siège au conseil municipal, mais déjà une petite fierté : le score de 8 % constitue le record de LO dans le Grand Est pour ce scrutin. Pas de quoi démoraliser le militant trotskiste, même s’il confesse avoir eu des difficultés à remplir sa liste, en plus d’affronter un contexte « de montée des idées réactionnaires ». C’est ce qui fait le plus « mal au ventre » à son colistier Dominique Georges, ouvrier du bâtiment de 66 ans. Discutant autour d’une tarte aux pommes, lui et ses camarades regrettent les idées « proches du Rassemblement national » de la liste sans étiquette élue à Frouard. La chute des dernières mairies communistes de Lorraine, comme Villerupt et Mont-Saint-Martin, n’a pas de quoi leur remonter le moral non plus.
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Mahault de Fontainieu
Édité par Maud Karst
Condamnations, mises en examen, enquêtes… Les affaires judiciaires impliquant des maires font régulièrement la une. Mais derrière ces cas très médiatisés, quelle est la réalité du phénomène ? Pour y répondre, nous avons analysé la situation des 150 maires des plus grandes villes de France.
« En arrivant à Rothau, la première chose que j’ai faite, c’est signer les certificats de décès en attente », raconte Danielle Mazzega, qui préside la délégation provisoire de la commune bas-rhinoise. Depuis le 22 mars, ses 1 471 habitants sont privés de conseil municipal, faute de liste candidate. Une tutelle de la préfecture a donc été mise en place : trois représentants sont chargés de gérer les affaires courantes pendant trois mois, avant l’organisation de nouvelles élections.
Rothau n’est pas un cas isolé : 67 autres communes métropolitaines se sont retrouvées sans liste au premier tour du scrutin. Un fait rare, mais pas inédit : aux élections de 2020, 106 communes avaient connu la même situation. Elles étaient 64 en 2014. D’une année à l’autre, on ne retrouve pas les mêmes communes : seules deux d’entre elles revivent le même scénario qu’en 2020 : Dompierre-les-Tilleuls (Doubs, 307 habitants) et Orbigny-au-Mont (Haute-Marne, 163 habitants).
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Petit parti mais grand habitué des élections, Lutte ouvrière a présenté presque autant de listes que La France insoumise aux municipales. Derrière, des équipes de militants se démènent pour faire vivre le marxisme révolutionnaire et l’héritage du combat ouvrier. À Frouard (Meurthe-et-Moselle), commune au fort passé sidérurgique, la tête de liste Lutte ouvrière Lucien Aubert a réuni 8 %. Un record dans le Grand Est.