Dans son salon richement décoré, le silence règne. Lorsqu’il tatoue, Arjan Tar Kongbaramee ne doit pas être dérangé. Maître tatoueur depuis 12 ans, il perpétue l’art du tatouage traditionnel thaïlandais, le Sak Yant. Composé de formes géométriques, de représentations d’animaux et de créatures sacrées, ainsi que d’inscriptions bouddhistes, le Sak Yant est fait pour offrir des pouvoirs à son détenteur. Chance, invulnérabilité, succès : chaque composition est unique. À l’origine, ces tatouages étaient utilisés par les soldats de Siam pour se protéger lorsqu’ils partaient au front.
Se faire tatouer pour obtenir pouvoir et protection : voilà le Sak Yant, l’art du tatouage sacré. À la croisée du bouddhisme et de la spiritualité, la discipline née en Thaïlande continue à attirer les locaux, mais aussi les touristes.
Si les cheveux sont trop longs, les enseignants ont le droit de les couper devant tout le monde, un rituel humiliant pour les adolescents. « Quand vous subissez cela pendant douze ans, ce n’est plus une règle, c’est un conditionnement mental : on vous inculque que vous n’avez aucun droit de contester une règle injuste. Plus tard, quand il y a un coup d’État, cette mentalité reste en vous : vous n’avez pas le droit de contester », développe la chercheuse.
Dum n’a jamais fini à la première marche du podium lors des compétitions amatrices à Bonkai, mais il lui est arrivé de décrocher la deuxième place. L’homme de 57 ans vivait déjà au quatrième étage du bâtiment aux briques bleues délavées lorsque le terrain a pris vie. « Je traînais un peu autour. Je ne connaissais pas les règles, mais je regardais les joueurs », raconte le mécanicien, au milieu de son atelier fait d’une armature de barnum et de toiles, adjacent au terrain. Dix ans plus tard, il a pris le coup de poignet. Ce qu’il apprécie dans la pétanque, c’est l’unité qu’elle apporte dans le voisinage : « D’habitude à Bangkok, tout le monde vit dans l’individualisme. Ce sport nous rassemble, on se parle, explique-t-il, coupé par l’enthousiasme de ses amis, qui l'encouragent à venir jouer. Ce qui me rend heureux, c’est quand les enfants qui venaient jouer ici reviennent prendre des nouvelles des années plus tard. » Depuis le deuxième étage, entre les jeans et les serviettes étendues, un ado admire le spectacle, tenté de le rejoindre. « J’aime bien ce terrain comme il est, mais si on avait l’argent, j’aimerais bien y installer un toit rétractable et acheter de nouvelles boules », espère-t-il.
Quentin Baraja
Titouan Catel–Daronnat
Phatsnicha Thudsuriyawong
Si la France reste le pays le plus titré aux championnats du monde avec 57 premières places, la Thaïlande s’est aujourd’hui imposée sur la scène internationale « C’est une nation de qualité, les garçons sont dans le top 4 ou 5, les filles sont en tête. » Les Thaïlandaises dominent les championnats du monde avec huit médailles d’or sur 19 éditions dans la catégorie triplette. Même si elles sont aujourd’hui talonnées par le Vietnam, la relève se fait déjà remarquer. Kantaros Choochuay a seulement 20 ans, mais collectionne déjà trois titres de championne du monde, un en triplette, un en doublette et un en individuel. En novembre, la Thaïlande accueillera les Mondiaux de pétanque, l’occasion pour la bouliste de remettre son titre en jeu.
Quentin Baraja
Pierrot Destrez
Phatsnicha Thudsuriyawong
Ce contexte a favorisé l’émergence de joueurs de haut niveau « dès les années 70 ». « Chez nous, en France, tout le monde joue à la pétanque un jour et se croit champion du monde. En Thaïlande, ils ont tout de suite compris qu’il fallait mettre une méthode en place, il fallait s’entraîner : ce qu’on fait en général pour les autres sports, ils l'ont fait d'emblée pour la pétanque », abonde Claude Azéma.