Quel serait l’adjectif qui décrirait le mieux votre structure ?
P.O. : Inclusif. J’aimerais dire “hors normes” [en référence au film d’Olivier Nakache et Éric Toledano, NDLR]. On s’occupe d’enfants mais on s’en occupe avec des intervenants qui sont aussi un peu une bande de branquignoles (rires). On fait venir chaque année quatre volontaires européens, on a fait venir une gamine d’Espagne qui était à la rue les six derniers mois, en rupture familiale, scolaire. Là aussi on prend quelqu’un à qui ça peut apporter quelque chose. Nassim, la seule chance dans sa vie, c’est de continuer avec nous. Il est resté en rééducation pendant deux ans, son père lui avait appris les percussions orientales et c’est tout ce qu’il sait faire dans la vie. Avec les heures de cours ici et les concerts que l’on fait, il a pu avoir un statut d’intervenant, il a un revenu fixe, un CDI, plus de stabilité.
L.P. : On s'éclate. C'est déjà pas mal. Vous voyez, là [on entend l’orchestre de cuivre qui commence à s’échauffer, NDLR], ils jouent n'importe quoi mais ils s’éclatent quand même. Il y a une sorte de partage et d'amour partout ici.
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Myriam Mannhart et Juliette Mylle
Proche du centre-ville...
Les appartements ont rapidement trouvé preneurs. Un succès en partie dû à la situation géographique du quartier. La Rotonde se situe à la jonction entre le centre-ville et Cronenbourg. Elle dispose d’un arrêt de tram et de pistes cyclables permettant aux habitants de se rendre aux Halles ou à la gare en quelques minutes. Pour Serge Oehler, adjoint au maire de Strasbourg, “le projet est un trait d’union entre l’hypercentre et Cronenbourg”.
Le complexe est aussi attractif financièrement. Selon David Bour, maître d’ouvrage du deuxième bâtiment, les logements privés se sont vendus à moins de 3300 euros le m², alors qu’il faut compter plus de 5000 euros le m² dans le centre-ville. Du côté des logements sociaux, les loyers sont également alléchants. Ainsi, Arnaud Vidal qui résidait auparavant Grand’Rue explique “payer désormais seulement 20 euros de plus mais pour 20 m² de plus”.
Le lieu de réunion de toute une famille
En plus de ses meubles, Noëlle y a ses souvenirs. Par la fenêtre, la vieille dame observe son quartier qui a changé. "Le soir, on se retrouvait tous sur la place en bas. Les enfants jouaient, on discutait parfois jusqu’à minuit," se remémore-t-elle. Son logement, lui aussi, a été le témoin du temps qui a passé : "Mon appartement, c’est la jeunesse de mes filles. Je les revois encore courir, construire des cabanes avec des bouts de ficelles. C’est comme si c’était hier".
Si cet appartement pouvait parler, il en aurait des choses à dire.
Le départ de ses enfants a été un peu difficile à vivre. "Quand ma première fille est partie, il me manquait quelqu’un à table," confie-t-elle. Pourtant, l’appartement de Noëlle n’a jamais vraiment été déserté. Avec quatre enfants, cinq petits-enfants et deux arrière-petits-enfants, il est devenu le point de chute de toute une famille : "Mon arrière-petit-fils vient déjeuner chez moi tous les mardis midi." Les repas de famille se font encore sur la même table en chêne vieille de 30 ans.
Les guerres et les persécutions politiques dans leur pays d’origine les ont poussés sur les routes de l’exil. Une fois arrivés sur le territoire français, ils ont rejoint Paris, où les services sociaux les ont pris en charge. Ils ont ensuite été placés à Strasbourg dans des logements vacants. Raid, 43 ans et doyen de la colocation, a emménagé il y a plus de deux ans dans le modeste appartement, rue Kepler. Ce F4, d’environ 44 m2, était loué pour eux par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII).
Les quatre hommes ont appris à cohabiter : "On vit normalement, comme quatre colocataires." Leur complicité saute aux yeux. Moqueur et le sourire aux lèvres, Momen reproche à Ahmed d’avoir pris l’habitude de cuisiner à minuit. Des petits désagréments du quotidien qui ne les empêchent pas d’être solidaires. Lorsque Raid entend parler de petits boulots, il en fait part à ses colocataires. “On est tous dans la même galère, on est obligé de s’entraider”, conclut-il.
Parmi les derniers habitants du 12 rue Kepler vivaient quatre demandeurs d’asile dont l'intégration s’est avérée difficile.
Les bras chargés de sacs plastique, quatre hommes dévalent les escaliers du hall encrassé du 12 rue Kepler. Une camionnette blanche, coffre ouvert, les attend devant la porte d’entrée. 15 minutes auront suffi pour entasser des mois, voire des années, de vie dans la tour. Ce mardi 12 novembre, Ahmed, Mohammed, Momen et Raid déménagent. Les colocataires partent vivre ensemble, rue Marie Jeanne de Lalande, à Cronenbourg.
Il s’agit de trois Soudanais et d’un Irakien pris en charge par le Centre d’accueil des demandeurs d’asile (CADA**), comme 28 autres réfugiés ayant vécu dans la tour. “À 15h, il n’y aura plus personne. À cause de la démolition de la tour, les huits logements sont vidés”, explique Dimitri Silvestrini, un employé de la Croix-Rouge qui accompagne leur relogement.
L’écoquartier de la Brasserie fut le premier construit à Strasbourg. Cinq ans plus tard, malgré des aspects positifs, les habitants dressent un bilan mitigé de l'expérience et les critiques fusent.