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18/02/21
14:45

Jean-Marie Risch, le pari du miscanthus

Passionné par cette graminée venue d'Asie, il compte parmi les rares agriculteurs qui en cultivent en Alsace. Il a bénéficié du programme de la ville de Brumath qui a mis cette plante au cœur de sa politique énergétique.

"C’est une grande tige avec des feuilles à son extrémité", décrit Jean-Marie Risch avant de prévenir : "Il ne faut pas le confondre avec le roseau, il n’a pas les pieds dans l’eau". À Mittelschæffolsheim, près de Brumath, cet agriculteur exploite et stocke plusieurs tonnes de miscanthus.

À l’état naturel, cette graminée originaire d’Asie orientale peut atteindre jusqu’à quatre mètres de haut, au point d’être surnommée "herbe à éléphants". Peu connu en France, le miscanthus était pourtant cultivé sur près de 6500 hectares en 2019, selon les chiffres de la Politique agricole commune (PAC).

Séchée et broyée, cette plante est principalement utilisée comme combustible écologique mais peut être aussi transformée en paillage ou en litière pour animaux. Depuis quelques années, le miscanthus est même employé dans le secteur de la construction pour ses propriétés isolantes.

Une plante exotique en Alsace

En Alsace, plusieurs agriculteurs ont fait le pari de cultiver cette étrange plante tropicale. Jean-Marie Risch en exploite deux hectares, sur la quarantaine que compte son exploitation de Mittelschaeffolsheim, dans les environs de Brumath. « C’est une plante écologique. Pas besoin de produits phytosanitaires ou d’engrais. On laisse pousser et il n’y a qu’à récolter une fois par an, au mois de mars, quand la tige est bien sèche et que les feuilles sont tombées », raconte celui qui déclare s’être « pris de passion » pour cette plante après l’avoir découverte sur des forums.

Après deux années d’expérimentation, il a pu développer cette culture en profitant d’un programme lancé par la ville de Brumath. En 2012, la commune a décidé de revoir son système de chauffage des bâtiments public en testant ce nouveau combustible. Ils se sont inspirés d’une initiative prise localement, quelques mois plus tôt, à Ammerzwiller, une petite bourgade haut-rhinoise de 300 âmes. Ce sont à ce jour, les deux seules communes alsaciennes à utiliser le miscanthus comme biocombustible. « Nous avons trois chaudières qui alimentent 7 000 m² de bâtiments communaux jusqu’à 5 degrés. En dessous, on doit recourir à une chaudière à gaz, comme complément », détaille Jean-Yves Junger, le responsable des bâtiments communaux de la ville.

Jean-Marie Risch a décidé de diversifier ses cultures avec du miscanthus dans les années 2000. ©Emma Chevaillier

Une pertinence écologique

Adieu la petite dizaine de chaudières vieillissantes qui alimentaient les différents bâtiments. À deux pas de la mairie, une chaufferie collective neuve a été construite, ainsi qu’un silo pour stocker le combustible. Le miscanthus a aussi l’avantage de préserver les eaux de Brumath. "Nous l’avons implanté sur les zones de captation d’eau potable car il permet de mieux maîtriser la qualité des nappes phréatiques et sur les terrains en pente où il limite les coulées de boues", raconte celui qui a la charge de la chaufferie depuis la fin de l’année 2018.

Pour les services techniques de la ville, "l’installation n’a pas eu de coût supplémentaire par rapport à d’autres types de biomasse comme le bois ou ses dérivés", explique Jean-Yves Junger. Seulement, il reconnait que "l’entretien de nos infrastructures est plus fréquent et onéreux que si on utilisait du bois ou des dérivés". En effet, les chaudières utilisées par la commune ne sont pas conçues pour le miscanthus en particulier, aucun industriel ne s’étant spécialisé sur ce combustible.

De même, pour créer une filière à partir de rien, la mairie de Brumath a dû inciter les agriculteurs des environs à investir dans le miscanthus. Le prix négocié, à 100 euros par tonne environ, est "un peu au dessus des prix du marché", estime Jean Yves Junger.

Une culture toujours émergente

Le miscanthus reste une niche mais tend à sortir petit à petit de la confidentialité. L’augmentation de la surface agricole augmente chaque année de 10% environ, à en croire l’association France Miscanthus, et plusieurs industriels financent actuellement des recherches sur cette plante, notamment dans le secteur de la construction.  

"On s’est renseigné et il est possible d’en faire des briques ou des parements d’isolation", s’enthousiasme Jean Marie Risch, avant de regretter "qu’aucun industriel ne fasse ça dans la région". Ce sera peut-être la seconde génération qui verra l’essor de l’herbe à éléphant. Dans le cas de la famille Risch, le fils, sur le point de reprendre la ferme, compte bien continuer à développer cette activité. Ils envisagent même d’abandonner l’agriculture conventionnelle pour se convertir à l’agriculture biologique. "Le miscanthus c’est déjà bien mais c’est loin d’être suffisant au regard des enjeux environnementaux", sourit Jean-Marie Risch. 

Enzo Dubesset et Emma Chevaillier

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