Le PIB japonais a chuté de 1,4% lors du dernier trimestre 2015, affaibli par la crise chinoise et les turbulences des bourses asiatiques. Avec une faible croissance de 0,4% l'an passé, l'économie nippone ne parvient pas à redécoller malgré l'ambitieuse politique monétaire du Premier ministre Shinzo Abe.
La politique monétaire du Premier ministre japonais Shinzo Abe, surnommée "Abenomics", semble incapable de relancer la croissance du pays du Soleil Levant. Le produit intérieur brut (PIB) du Japon a baissé de 1,4% lors du dernier trimestre de l'année dernière. La troisième puissance économique du monde doit donc se contenter d'une croissance de 0,4% sur l'ensemble de l'année 2015. Un chiffre très éloigné des prévisions optimistes des dirigeants japonais.
La situation du Japon montre l'incapacité de l'économie nippone à surmonter ses obstacles traditionnels : une population vieillissante et une situation de déflation persistant depuis les années 1990. Deux facteurs qui freinent un retour de la croissance grâce à une hausse de la demande interne. Les réticences de la population la plus âgée à dépenser et la tendance encouragée par la déflation de remettre à plus tard les décisions d'achat ralentissent la consommation des ménages, qui a reculé de 0,8% lors du dernier trimestre 2015.
Le miracle des "Abenomics", loin d'être une réalité
Arrivé au pouvoir fin 2012, le conservateur Shinzo Abe s'est illustré sur la scène internationale grâce à sa volonté de sortir le Japon de la déflation à travers une ambitieuse politique économique. Elaborées autour de "trois flèches", les "Abenomics" visent à combiner une croissance des dépenses publiques, une forte dévalutation monétaire et des réformes structurelles. Cette recette a favorisé une hausse de 1,4% du PIB nippon en 2013. Une réussite qui avait suscité l'enthousiasme des économistes critiques envers les politiques d'austérité mises en place au sein de l'Union Européenne, comme le prix Nobel Paul Krugman. François Hollande avait, pour sa part, qualifié ces mesures de "politique audacieuse".
Le "miracle japonais" s'est cependant heurté à la réalité en 2014, quand le pays a affiché une croissance nulle. Ce ralentissement s'explique notamment par la décision du gouvernement de Shinzo Abe d'augmenter le TVA de 5% à 8%, afin d'assurer la confiance des investisseurs étrangers face à l'endettement du pays, qui représente près de 250% du PIB.
La crise chinoise, obstacle à la relance du Japon
Après une croissance de 1% lors du premier trimestre, les dirigeants japonais espéraient que 2015 serait l'année définive du succès des "Abenomics". Mais le ralentissement économique des pays émergents, notamment de la Chine, et les fortes turbulences sur les marchés asiatiques ont difficulté le rédemarrage du pays du Soleil Levant. Les exportations du pays ont reculé de 0,9% en valeur lors du dernier trimestre de 2015 et l'index Nikkei, qui cohabite avec l'instabilité depuis l'été dernier, a vécu en 2016 son pire début d'année depuis 1949, accentué par une baisse de 11% au cours de la semaine dernière.
Malgré ses minces résultats, le gouvernement japonais a toujours confiance dans les "Abenomics" et la banque centrale du Japon (BoJ) a annoncé fin janvier l'adoption de taux d'intérêts négatifs. Lors de la prochaine réunion de la BoJ, à la mi-mars, de nouvelles mesures devraient être prises afin de renforcer la politique monétaire nippone, dont les mauvais résultats ne peuvent être ignorés par les pays de l'Union Européen. Comme le Japon, les Vingt-Huit s'approchent dangeureusment d'une situation de déflation et la politique monétaire d'assouplissement ("quantitative easing") impulsée depuis 2014 par le président de la Banque centrale européenne (BSC), Mario Draghi, n'a pas réussi à assurer une forte croissance au sein de l'Eurozone.
Enric Bonet