Le risque de paralysie du détroit de Bab el-Mandeb, contrôlé par les Houthis depuis le 10 septembre, affole le commerce maritime mondial. La percée des rebelles yéménites fait craindre une escalade régionale.
Il doit son nom, en arabe, aux grands dangers qui pèsent sur les marins qui l’empruntent. Le détroit de Bab el-Mandeb, littéralement « la porte des lamentations », fait aujourd’hui planer un risque bien au-delà du pont des navires, sur l’ensemble du commerce mondial.
Le 10 septembre, la situation sur la rive yéménite de cette voie maritime a basculé de manière aussi rapide que spectaculaire, avec la prise de contrôle de la région de Dhubab par les rebelles houthis. Les combattants de cette organisation politico-militaire soutenue par l’Iran ont chassé les forces gouvernementales yéménites, s’emparant de la totalité du littoral de la mer Rouge.
Depuis, seuls maîtres sur le détroit, ils ont le pouvoir de verrouiller ce goulot d’étranglement d’une trentaine de kilomètres seulement. Les Houthis n’en sont pas à leur coup d’essai dans la perturbation du trafic maritime. Fin 2023, le groupe islamiste avait bombardé, lancé des drones et abordé des navires marchands, en réaction à l’intervention israélienne à Gaza consécutive aux attaques du 7 octobre.
Un détroit stratégique
Pour l’heure, les responsables d’Ansar Allah, nom complet du mouvement houthi, ont affirmé que le transit international resterait « sûr », à l’exception des navires saoudiens qui ont interdiction de navigation. Des déclarations qui n’ont pas suffi à rassurer les armateurs, qui, pour certains, ont déjà dérouté leurs navires vers le cap de Bonne-Espérance pour contourner l’Afrique. Un changement qui accroît autant la durée du trajet que le coût du transport.
Situé entre le Yémen et la Corne de l'Afrique, ce détroit relie la mer Rouge à l’océan Indien. Son emplacement, en aval du canal de Suez, fait de lui un passage obligé sur la route reliant l’Asie à l’Europe. Tout blocage de Bab-el-Mandeb rend de fait l'infrastructure égyptienne inutile pour le transit direct vers la Méditerranée.
La part des porte-conteneurs empruntant ce chemin est loin d’être anodine. Il voit passer 40 % des échanges conteneurisés entre l’Asie et l’Europe. C'est également une autoroute pour les hydrocarbures, avec la circulation de millions de barils de pétrole et de grandes quantités de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Golfe vers les marchés occidentaux. Au total, 10 à 12 % du commerce mondial y transite.
Un aléa ajouté à un autre
Cet aléa géopolitique advient alors que le passage voisin, de l’autre côté de la péninsule arabique, est aussi bloqué. Le détroit d’Ormuz subit les conséquences d’une guerre qui s’enlise depuis le 28 février et le début de l’intervention israélo-américaine en Iran. Cela fait plus de six mois que les pétroles irakien, koweïtien, qatari et émirati peinent à être exportés.
En réaction immédiate à ce rebondissement, les marchés énergétiques mondiaux se sont affolés. Le prix du baril de pétrole a franchi la barre des 100 dollars et, aux États-Unis, le prix du gallon de diesel a dépassé les 6 dollars. Un seuil historique qui accentue la colère des Américains contre la politique extérieure du président Donald Trump à deux mois des élections de mi-mandat, déjà mal engagées pour le camp républicain.
L’attaque contre La Mecque, une « ligne rouge »
De toute évidence, la crise n’est pas qu’économique. Ces affrontements entre forces gouvernementales et rebelles houthis ont causé des centaines de morts et provoqué le déplacement forcé d’environ 86 000 personnes, selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés.
La crise s’étend dans une région déjà inflammable. L’Arabie saoudite soutient d’un côté les forces gouvernementales, quand son éternel ennemi iranien épaule le mouvement houthi, chiite lui-aussi.
L'Iran utilise ce succès pour asseoir sa position face aux États-Unis et à ses rivaux. L’Arabie saoudite, quant à elle, a subi des frappes rebelles sur son territoire. Ce mercredi, Riyad a accusé les Houthis d’avoir mené une attaque de drones contre la ville sainte de La Mecque. Une “ligne rouge” qui laisse planer un risque d’escalade.
Clément Vaillat
Édité par Bertille Lietar