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Ce mercredi d’automne, la brume a envahi le parc et le croassement des corneilles résonne entre les arbres. Le pas de course des joggeurs brise le silence. Zora, en tenue sportive, court seule dans le parc depuis deux ans. "Je travaille dans le commerce et pour se vider la tête, il faut trouver une activité", explique-t-elle. Les joggeurs affluent dans le parc de la Bergerie : "On se croise, c’est souvent les mêmes, à force on se dit bonjour mais je ne suis pas à la recherche de rencontres. Et puis quand on court, on ne s’arrête pas."

  • 9h : "se vider la tête" 

Assis sur un banc, Gaël, 23 ans, s’oxygène après une dure nuit de labeur. Il est manutentionnaire à l’Espace européen de l’entreprise, à Schiltigheim, et travaille de minuit à 7h du matin. "Ce que j’aime ici, c’est les endroits pour jouer au foot avec mes neveux", confie-t-il Ce Cronenbourgeois d’origine aime son quartier, mais il déplore le manque d’activités : "Pour l’alimentation, on a Lidl et Auchan mais ce qui est dommage, c’est pour les cafés, les bars et les boutiques."

À Lavoisier, les enfants partent, les souvenirs restent

13 novembre 2019

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Monique Grall et Noëlle Meiss ont passé toute leur vie dans la cité nucléaire. Depuis le départ de leurs enfants, elles gardent les souvenirs.

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L'ancien site Kronenbourg de nos jours.    © Justine Maurel

"Ça fait deux ans que je ne fais rien. Maintenant je veux travailler." Florian, jeune habitant de Cronenbourg a arrêté son CAP cuisine depuis deux ans "parce que c’était trop dur". Il est suivi depuis un an par les éducateurs du Service de prévention spécialisé (SPS). Aujourd’hui, il passe un entretien pour s’engager pendant six mois dans un service civique auprès du SPS, pour acquérir de l’expérience, mais aussi gagner un salaire à hauteur du SMIC. "Je ne me vois pas rester tout le temps chez moi", dit-il. A côté de lui, Mohammed, 17 ans, déscolarisé, postule également au SPS : "Si je fais tout ça, c’est pour ma mère. Elle veut pas me voir sans rien faire".

Pour Norbert Krebs, chef de service au SPS, "le travail c’est fondamental : ça permet d’avoir des ressources, de rencontrer des personnes d’un autre milieu que le sien, de développer des compétences et en général de s’inscrire dans la société".  Mais si le travail permet une socialisation plus importante, il implique aussi d’en connaître les codes.

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Tous le répètent, faire du rap à Cronenbourg passe par un certain sens de la débrouille, et Samuel et Faliba l’ont bien compris. En plus d’avoir pallié l’absence de studio dans leur quartier, ils utilisent les réseaux sociaux, à la manière de professionnels, pour faire émerger une communauté de rappeurs jusque-là discrète. Ils ont créé une page officielle pour leur groupe, grâce à laquelle ils tissent des liens avec les artistes des environs et donnent de la visibilité à la nouvelle scène cronenbourgeoise. Ils y postent leurs freestyles, partagent le contenu d’autres rappeurs strasbourgeois. Mais les réseaux sociaux ne comblent pas l’absence de soutien au sein même du quartier. Comme l’explique Pako, “tu vas dans la rue, tout le monde sait que tu rappes, mais t’en n’as pas un qui va poster ton son”.

Toutefois, la solidarité entre les rappeurs n’a pas entièrement disparu. "Je soutiendrai toujours un jeune qui se lance", confie Kadaz. Pako et Friky, eux aussi, se disent prêts à tendre la main à la nouvelle scène cronenbourgeoise. En attendant que leurs promesses se concrétisent, une note d’espoir demeure pour ceux qui rêvent de connaître le même succès que leurs glorieux anciens.

Juliette Fumey et Nathan Bocard

Faliba (gauche) et Samuel (droite) du groupe Mini Gang enregistrent leurs morceaux au studio informel d’Horizome à Hautepierre.

Faliba (gauche) et Samuel (droite) du groupe Mini Gang enregistrent leurs morceaux au studio informel d’Horizome à Hautepierre.

Des vestiges conservés et rénovés

Après plus de 150 ans au 68 route d’Oberhausbergen, le site ferme ses portes en 2012. Ses activités sont toutes transférées à Obernai, où l’entreprise a ouvert sa plus importante ligne de production en 1969. Mais le passé brassicole de Cronenbourg ne s’est pas totalement éteint. Même si une grande partie du site a été détruite, quelques éléments ont été conservés : la villa Hatt et le bâtiment hébergeant la salle à brasser. Cette dernière a été réhabilitée : trois des anciennes cuves en cuivre ont été conservées au rez-de-chaussée, qui deviendra une des filiales du restaurant Les 3 Brasseurs. Les niveaux supérieurs du bâtiment ont quant à eux été transformés en lofts. “Le chantier, qui devrait s’achever courant 2020, fait travailler une quarantaine de personnes représentant plus de 15 corps de métiers”, explique Olivier Lingelser, un des deux architectes du projet. 

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