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Droite et extrême-droite main dans la main

Emmenés notamment par la rapporteure de la législation sur les pays tiers sûrs Léna Düpont (PPE, droite), les partisans de ces réformes, du centre-droit jusqu’à l’extrême-droite, ont défendu tour à tour un modèle “juste mais ferme”, “pragmatique et responsable”, permettant de “traiter plus rapidement les demandes d’asile”. C’est l’avènement d’une “européanisation du modèle Meloni” pour Alessandro Ciriani (ECR, droite souverainiste), rapporteur du texte “pays d’origine sûrs”, qui s’est félicité de l’issue des deux votes. La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni avait déjà signé un accord avec l’Albanie dès novembre 2023 pour enfermer les demandeurs d’asile dans des centres appelés “hubs de retour”, avant même que leur demande ne soit traitée. Mais un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) avait rapidement invalidé cet accord. 

Renew, un des grands artisans du Pacte sur la migration et l’asile approuvé en 2024, s’est montré plus frileux dans l’hémicycle. “Ces deux textes détricotent et mettent en vulnérabilité l’esprit et les mesures du pacte”, affirme une source proche du groupe de centre droit. Pourtant, si ces eurodéputés se sont opposés à l’externalisation de la politique d’asile européenne, ils se sont abstenus sur l’adoption de la liste des pays d’origine sûrs. 

Indignée par les violences en RDC, l’UE renouvelle son soutien 

“Les femmes et les enfants sont les premières victimes, le viol est utilisé comme arme de guerre en République Démocratique du Congo (RDC)”, s’est indignée la commissaire à l’égalité Hadja Lahbib devant l’hémicycle.

Depuis mars 2022, les affrontements se multiplient en RDC entre les forces gouvernementales et les milices rebelles du M23. En plus d’un message de soutien, la commissaire affirme : “Nous avons débloqué 121,5 millions d’euros d’aide humanitaire pour la région des Grands Lacs en 2025 et nous avons l'intention de faire davantage”.

Une annonce accueillie avec scepticisme par les eurodéputés qui, de tous bords, ont dénoncé une forme d’hypocrisie vis-à-vis d’une politique européenne qui ne rompt pas clairement avec le Rwanda, soutien avéré du M23. D’après Amnesty International, depuis le début du conflit, plus de 3 millions de femmes auraient été victimes de violences sexuelles.

Emeric Eymet

Une externalisation des demandes d’asile

Le Parlement européen a aussi approuvé un règlement autorisant l’externalisation de la politique d’asile européenne (396 pour, 226 contre, 30 abstentions). Les États membres pourront renvoyer un demandeur d’asile vers un “pays tiers sûr”, avec lequel il n’a aucun “lien de connexion” (langue, famille, ou culture par exemple), et dans lequel il ne s’est jamais rendu. L’examen de la procédure d’asile reviendra également au pays en question. “Vous voulez mettre en place une machine à déporter, à refouler, à enfermer et à déshumaniser ceux qui arrivent en Europe”, a dénoncé The Left. 

L'identification des “pays tiers sûrs” restera majoritairement à l’appréciation individuelle des États-membres. Les pays de l’UE pourront conclure des accords bilatéraux pour que les demandeurs d’asile soient renvoyés dans des États hors-UE, en échange d’une contrepartie financière. Jusqu’ici, l’expulsion des demandeurs d’asile se heurtait souvent à l’opposition des pays tiers pour les accepter sur leur sol. 

Rompre le cycle de la pauvreté

Eurodéputés, ONG et experts, ont travaillé ensemble pour comprendre concrètement ce qu’est la pauvreté infantile et la définir. Des critères liés aux conditions de vie de l’enfant ont été retenus. “Un enfant pauvre est un enfant qui ne mange pas assez, qui n'a pas un logement confortable, qui n'a pas assez d’argent pour aller à l'école, chez le dentiste...”, explique Ally Dunhill, directrice de la politique et de la communication pour le réseau d’organisations Eurochild. Lutter contre ces problématiques permet surtout d’éviter la perpétuation de la précarité. “Parce qu’un enfant pauvre sera un travailleur pauvre et un retraité pauvre, il faut rompre le cycle de la pauvreté, sa transmission entre les générations”, a souligné João Oliveira.

Tunisie, Colombie, Bangladesh… Dès les prochains mois, les ressortissants de ces pays pourront voir leur demande d’asile rejetée par l’Union européenne (UE) au cours d’une procédure accélérée. 

Ces États font partie d’une liste commune de seize pays d’origine sûrs, selon l’UE. C’est l’une des deux législations du Pacte sur la migration et l’asile adoptées en plénière ce mardi (408 pour, 184 contre, 60 abstentions). À gauche de l'hémicycle, les députés ont dénoncé une liste ignorant les violations des droits humains dans les pays concernés, alors qu’elles sont largement documentées par les ONG. “Comment osez-vous affirmer que la Tunisie est un pays sûr, alors qu’elle a fait l’objet d’une résolution d’urgence sur la situation de l’État de droit et des droits humains, en novembre 2025 !”, s’est indigné Damien Carême, eurodéputé The Left (extrême-gauche). 

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97% des jeunes dans l'Union européenne utilisent internet tous les jours, selon le plan d'action présenté par la Commission. © Jeanne Derieux - Le Magueresse et Emeric Eymet

Ce jeudi 12 février, le Parlement européen s'est prononcé en faveur d'un rapport de lutte contre la pauvreté qui replace les enfants au centre de l'enjeu, grâce à un budget propre. Un texte clé dans le cadre de la nouvelle stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, prévue au deuxième trimestre 2026.

L’éradication de la pauvreté est un choix politique”, affirme João Oliveira (The Left, extrême gauche), à l’origine d’un rapport d’initiative de lutte contre la pauvreté. Adopté à 385 voix contre 141 ce jeudi 12 février, ce texte vise à éradiquer la pauvreté d’ici à 2035, en faisant de la précarité infantile une priorité. Il est d’autant plus crucial qu’il permet au Parlement d'influencer la Commission avant la publication d’une nouvelle stratégie de lutte contre la pauvreté, au deuxième trimestre 2026. L’ambition est claire : réduire d’au moins 5 millions le nombre d’enfants en risque de pauvreté, qui s'élève aujourd’hui à 19,5 millions, soit un enfant sur quatre. Pour y parvenir, les députés se sont prononcés pour l’accès gratuit à l’éducation, à la santé, à un repas sain par jour ou encore au droit à un logement adéquat. Des mesures étroitement liées à l’adoption d’un budget de 20 milliards d’euros, pierre angulaire du rapport.

Mardi 10 février à Strasbourg, sous l’impulsion de la droite et de l’extrême droite, les eurodéputés ont adopté définitivement deux réformes permettant aux Etats membres d’externaliser leur politique d’asile et de développer l’examen accéléré des demandes.

Mardi 10 février à Strasbourg, sous l’impulsion de la droite et de l’extrême droite, les eurodéputés ont adopté définitivement deux réformes permettant aux Etats membres d’externaliser leur politique d’asile et de développer l’examen accéléré des demandes.

La régularisation des migrants en Espagne divise le Parlement européen

Sous l’impulsion de la droite, mardi, le Parlement européen s’est emparé du sujet de la politique migratoire espagnole. Le 27 janvier, le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez a présenté un projet de décret visant à régulariser 500 000 migrants, ce qui a fait réagir dans l’hémicycle strasbourgeois. La gauche (S&D et Verts) a défendu une immigration nécessaire pour payer les retraites et répondre aux besoins croissants dans le secteur des soins. Une immigration "de l’intégration et de l’avenir", a insisté la député espagnole Iratxe Garcia Pérez. A droite (PPE), les députés ont fait part de leur inquiétude quant à "l’appel d’air" de cette régularisation qui ouvrirait les portes de l’Europe et irait à l’encontre du pacte migratoire de l’espace Schengen. "Si vous voulez accepter des migrants, sortez de l’espace Schengen", a lancé le député ultraconservateur Jacek Ozdoba (ECR).

Jeanne-Esther Eichenlaub

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